L'impact du minimalisme
Ranger une cuisine a changé bien plus qu'une cuisine. Le minimalisme n'est pas une histoire de placards, c'est une intention.
Ce que ranger ma cuisine m’a appris sur ma vie
Mes quatre enfants sont entrés dans la cuisine, l’un après l’autre. Même réaction à chaque fois : « Waouh, trop bien la cuisine ! »
On n’avait rien acheté. On avait enlevé.
Ma femme s’était vraiment mise au minimalisme, et elle avait commencé par là. On a gardé ce qui sert, rien d’autre. Le reste, ce fameux « trop », vendu ou donné. Plus rien sur les plans de travail. Plus rien qui traîne dans les tiroirs.
Maintenant, quand j’entre là le matin, ça fait un silence, un vrai, comme si la pièce respirait à ma place. On est pourtant assez peu matérialistes. Et c’est fou, tout ce qu’on accumule sans jamais s’en servir.
Un vieux mot revenu de mes études
En regardant cette cuisine, un mot m’est revenu. Un mot que je répétais pendant mes études d’informatique, et que j’oublie tout le temps depuis : KISS. Keep It Simple, Stupid.
Tu peux l’entendre comme une claque, « garde ça simple, idiot ». Ou comme une ligne de conduite : si c’est compliqué, c’est que quelque chose cloche. Pour moi, c’est un post-it mental. Sauf que le post-it, je le perds sans arrêt.
C’est ça que la cuisine m’a rappelé. KISS ne parle pas que de code. Ni même que d’objets.
Ce qu’on garde nous garde
Le minimalisme, on le réduit souvent à posséder moins, faire de la place. C’est bien plus que ça. C’est une intention. Avoir moins n’est pas le but. Le but, c’est l’espace : se concentrer sur le peu qui apporte beaucoup, et faire plus avec moins.
Si c’était si facile, on l’aurait tous fait depuis longtemps. Si on n’y arrive pas, c’est qu’on ne se débarrasse pas vraiment d’objets. On garde un carton « au cas où », un projet qu’on ne fera jamais, une appli qu’on n’ouvre plus. Parce qu’ils tiennent en vie une version de nous. Le moi qui s’y remettra. Le moi qui aurait pu. Jeter, ce n’est pas ranger. C’est laisser partir quelqu’un qu’on a été, ou qu’on croyait devenir.
Le plus dur à lâcher, ça n’a pas été un objet de valeur. C’était mes livres. J’adore les livres, surtout les vieux romans. Ils ont une odeur particulière, j’ouvre le livre, je plonge le nez dedans et prends une grande inspiration. Ma femme me regarde toujours comme un de ses patients en hôpital psy. Les vendre, surtout ceux de ma jeunesse, c’était comme jeter un pan entier de ma vie. Ça m’a serré la gorge.
Sans vraiment savoir pourquoi, quelques jours plus tard je me sentais mieux. Je ne sais toujours pas pourquoi, même si j’ai bien une idée, mais des choses qui trainaient à l’intérieur sont partis avec les livres.
Alors on a continué
Les chambres. Le garage. Mon bureau, ma bibliothèque. À chaque pièce, le même effet qu’on n’avait pas vu venir : l’espace vide ne laisse pas un manque, il rend plus libre. Plus posé.
Et ça a débordé du physique. Je travaille mieux. Ma femme aussi. Je prends plus de plaisir aux petites tâches, je ne laisse plus rien traîner. La place gagnée dans les tiroirs, je l’ai retrouvée dans ma tête. Ça a même changé ma façon de voir mon site, mes projets, mon entreprise.
Depuis, je le vois partout
Une fois qu’on a vidé une pièce, on ne regarde plus le reste pareil. Le manque de simplicité, je le repère maintenant partout. Dans le téléphone plein d’applications qu’on n’ouvre jamais. Dans l’agenda si chargé qu’on ne respire plus. Dans la tête qui tourne avec trente pensées à la fois. Chez ceux qui veulent tout faire et être partout, et qui finissent par n’être vraiment nulle part.
Ça me sature, ça me fatigue, ça me donne même envie de quitter un lieu ou une pièce. Le minimalisme m’a rendu intolérant à l’inutile, au futile. Quand je vais chez mes parents, j’ai envie de faire le vide dans presque toutes les pièces.
Le post-it, cette fois, je ne l’oublie plus
KISS. Keep It Simple, Stupid. Il aura fallu une cuisine pour que le mot de mes vingt ans redevienne vrai.
Si tu ne connais pas le minimalisme, va voir. Mais ne commence pas par ta vie entière. Commence par un objet, un truc simple. Ou si tu te sens, le coin d’une pièce. Une seule. Tu verras jusqu’où ça va.

