La dictature invisible du bien-être
Le milieu du bien-être t'apprend à jouer le plus guéri, le plus sage, le plus incarné. Et si c'était exactement ce qui t'empêche d'être vrai ?
J’ai longtemps cru que je n’avais pas le droit de parler tant que je n’avais pas « guéri ». Que je devais d’abord prouver que j’avais grandi, dépassé mes limites, que je ne m’enlisais plus dans le doute. J’appelais ça la légitimité. C’était une illusion. Et ça me rendait souvent très con.
Le formatage
L’éducation, le système, les milieux du bien-être et du développement personnel nous formatent. Les remarques des bien-pensants, les petites phrases assassines qui passent dans le silence de la normalité : « on est thérapeutes, on devrait pouvoir… », « on a les outils pour », « pour un thérapeute, la moindre des choses… ».
On te conditionne à croire qu’il est simple de changer et de régler ses problèmes, pour le plus grand bonheur du marketing et des comptes en banque. La dictature du non-jugement, de la bienveillance et de l’amour de soi est partout. Alors ceux qui ne s’y sentent pas chez eux s’enferment dans leurs peurs, pour faire comme tout le monde, pour appartenir au groupe.
« Sois plus authentique » : des mots creux
Quand je partageais mes doutes et mes limites, souvent on ne me croyait pas : je devais dire ça pour rassurer les autres. On m’a dit que je manquais d’authenticité et de vulnérabilité, qu’il faudrait être « plus émotionnel ».
Encore la dictature invisible du bien-être.
Les gens parlent d’authenticité et de vulnérabilité sans avoir la moindre idée de ce que ça veut dire. Il ne suffit pas de dire à quelqu’un « aie confiance » pour que ça arrive, pourquoi ce serait différent pour la vulnérabilité ?
Mon vulnérable n’est pas le tien. Quelqu’un d’hyper-émotionnel n’est pas vulnérable dans l’émotion, il l’est quand il n’y est plus. On n’est authentique qu’à la hauteur de ce qu’on sait de soi dans l’instant : mon authentique d’il y a dix ans fait bien rire celui que je suis aujourd’hui. Étais-je moins authentique pour autant ? L’authenticité est une direction, pas un objectif. Elle devient un leurre dès qu’on en fait une case à cocher.
Ça me rappelle cette formatrice qui me répétait « il faut plus d’émotions ». Super. Merci. J’ai passé ma vie à les ranger sous le tapis, certaines me font peur, d’autres sont dangereuses. Et il faudrait « plus d’émotions » ? Et t’es thérapeute ? Ta gueule.
Ceux que j’admire
Les gens que j’admire le plus ne sont pas les plus guéris, les plus confiants, les néons ambulants de la guérison.
Ce sont ceux qui sont honnêtes. Ceux qui n’ont pas peur d’admettre leur humanité. Ceux qui savent qu’ils ne savent pas. Ceux qui vivent sans se précipiter pour réparer, changer, améliorer. Ceux qui se laissent trébucher, tomber, échouer, pleurer, aimer, être humain à voix haute.
Ceux-là m’aident à devenir encore plus moi-même. Parce que quand on se laisse être vrai, être inachevé, on se redécouvre.
C’est pour ça que j’écris en public. J’accepte qui je suis en exposant ce que je suis.
Pas l’inverse.
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