<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" version="2.0" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:googleplay="http://www.google.com/schemas/play-podcasts/1.0"><channel><title><![CDATA[L'Entre-Deux]]></title><description><![CDATA[Quand l'ancien toi ne tient plus — en amour, au boulot, dans ta tête.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com</link><image><url>https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!mueD!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F68e145ee-b6d9-4ce0-8897-70c58c4dcc15_1280x1280.png</url><title>L&apos;Entre-Deux</title><link>https://lettres.laurentbertin.com</link></image><generator>Substack</generator><lastBuildDate>Mon, 27 Jul 2026 10:56:23 GMT</lastBuildDate><atom:link href="https://lettres.laurentbertin.com/feed" rel="self" type="application/rss+xml"/><copyright><![CDATA[Laurent Bertin]]></copyright><language><![CDATA[fr]]></language><webMaster><![CDATA[laurentbertin@substack.com]]></webMaster><itunes:owner><itunes:email><![CDATA[laurentbertin@substack.com]]></itunes:email><itunes:name><![CDATA[Laurent Bertin]]></itunes:name></itunes:owner><itunes:author><![CDATA[Laurent Bertin]]></itunes:author><googleplay:owner><![CDATA[laurentbertin@substack.com]]></googleplay:owner><googleplay:email><![CDATA[laurentbertin@substack.com]]></googleplay:email><googleplay:author><![CDATA[Laurent Bertin]]></googleplay:author><itunes:block><![CDATA[Yes]]></itunes:block><item><title><![CDATA[L'impact du minimalisme]]></title><description><![CDATA[Ranger une cuisine a chang&#233; bien plus qu'une cuisine. Le minimalisme n'est pas une histoire de placards, c'est une intention.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/limpact-du-minimalisme</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/limpact-du-minimalisme</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 06:12:02 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/71180433-d2f7-4921-ad61-cb2e96245873_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<h1>Ce que ranger ma cuisine m&#8217;a appris sur ma vie</h1><p>Mes quatre enfants sont entr&#233;s dans la cuisine, l&#8217;un apr&#232;s l&#8217;autre. M&#234;me r&#233;action &#224; chaque fois : &#171; Waouh, trop bien la cuisine ! &#187;</p><p>On n&#8217;avait rien achet&#233;. On avait enlev&#233;.</p><p>Ma femme s&#8217;&#233;tait vraiment mise au minimalisme, et elle avait commenc&#233; par l&#224;. On a gard&#233; ce qui sert, rien d&#8217;autre. Le reste, ce fameux &#171; trop &#187;, vendu ou donn&#233;. Plus rien sur les plans de travail. Plus rien qui tra&#238;ne dans les tiroirs.</p><p>Maintenant, quand j&#8217;entre l&#224; le matin, &#231;a fait un silence, un vrai, comme si la pi&#232;ce respirait &#224; ma place. On est pourtant assez peu mat&#233;rialistes. Et c&#8217;est fou, tout ce qu&#8217;on accumule sans jamais s&#8217;en servir.</p><h2>Un vieux mot revenu de mes &#233;tudes</h2><p>En regardant cette cuisine, un mot m&#8217;est revenu. Un mot que je r&#233;p&#233;tais pendant mes &#233;tudes d&#8217;informatique, et que j&#8217;oublie tout le temps depuis : KISS. Keep It Simple, Stupid.</p><p>Tu peux l&#8217;entendre comme une claque, &#171; garde &#231;a simple, idiot &#187;. Ou comme une ligne de conduite : si c&#8217;est compliqu&#233;, c&#8217;est que quelque chose cloche. Pour moi, c&#8217;est un post-it mental. Sauf que le post-it, je le perds sans arr&#234;t.</p><p>C&#8217;est &#231;a que la cuisine m&#8217;a rappel&#233;. KISS ne parle pas que de code. Ni m&#234;me que d&#8217;objets.</p><h2>Ce qu&#8217;on garde nous garde</h2><p>Le minimalisme, on le r&#233;duit souvent &#224; poss&#233;der moins, faire de la place. C&#8217;est bien plus que &#231;a. C&#8217;est une intention. Avoir moins n&#8217;est pas le but. Le but, c&#8217;est l&#8217;espace : se concentrer sur le peu qui apporte beaucoup, et faire plus avec moins.</p><p>Si c&#8217;&#233;tait si facile, on l&#8217;aurait tous fait depuis longtemps. Si on n&#8217;y arrive pas, c&#8217;est qu&#8217;on ne se d&#233;barrasse pas vraiment d&#8217;objets. On garde un carton &#171; au cas o&#249; &#187;, un projet qu&#8217;on ne fera jamais, une appli qu&#8217;on n&#8217;ouvre plus. Parce qu&#8217;ils tiennent en vie une version de nous. Le moi qui s&#8217;y remettra. Le moi qui aurait pu. Jeter, ce n&#8217;est pas ranger. C&#8217;est laisser partir quelqu&#8217;un qu&#8217;on a &#233;t&#233;, ou qu&#8217;on croyait devenir.</p><p>Le plus dur &#224; l&#226;cher, &#231;a n&#8217;a pas &#233;t&#233; un objet de valeur. C&#8217;&#233;tait mes livres. J&#8217;adore les livres, surtout les vieux romans. Ils ont une odeur particuli&#232;re, j&#8217;ouvre le livre, je plonge le nez dedans et prends une grande inspiration. Ma femme me regarde toujours comme un de ses patients en h&#244;pital psy. Les vendre, surtout ceux de ma jeunesse, c&#8217;&#233;tait comme jeter un pan entier de ma vie. &#199;a m&#8217;a serr&#233; la gorge. </p><p>Sans vraiment savoir pourquoi, quelques jours plus tard je me sentais mieux. Je ne sais toujours pas pourquoi, m&#234;me si j&#8217;ai bien une id&#233;e, mais des choses qui trainaient &#224; l&#8217;int&#233;rieur sont partis avec les livres.</p><h2>Alors on a continu&#233;</h2><p>Les chambres. Le garage. Mon bureau, ma biblioth&#232;que. &#192; chaque pi&#232;ce, le m&#234;me effet qu&#8217;on n&#8217;avait pas vu venir : l&#8217;espace vide ne laisse pas un manque, il rend plus libre. Plus pos&#233;.</p><p>Et &#231;a a d&#233;bord&#233; du physique. Je travaille mieux. Ma femme aussi. Je prends plus de plaisir aux petites t&#226;ches, je ne laisse plus rien tra&#238;ner. La place gagn&#233;e dans les tiroirs, je l&#8217;ai retrouv&#233;e dans ma t&#234;te. &#199;a a m&#234;me chang&#233; ma fa&#231;on de voir mon site, mes projets, mon entreprise.</p><h2>Depuis, je le vois partout</h2><p>Une fois qu&#8217;on a vid&#233; une pi&#232;ce, on ne regarde plus le reste pareil. Le manque de simplicit&#233;, je le rep&#232;re maintenant partout. Dans le t&#233;l&#233;phone plein d&#8217;applications qu&#8217;on n&#8217;ouvre jamais. Dans l&#8217;agenda si charg&#233; qu&#8217;on ne respire plus. Dans la t&#234;te qui tourne avec trente pens&#233;es &#224; la fois. Chez ceux qui veulent tout faire et &#234;tre partout, et qui finissent par n&#8217;&#234;tre vraiment nulle part.</p><p>&#199;a me sature, &#231;a me fatigue, &#231;a me donne m&#234;me envie de quitter un lieu ou une pi&#232;ce. Le minimalisme m&#8217;a rendu intol&#233;rant &#224; l&#8217;inutile, au futile. Quand je vais chez mes parents, j&#8217;ai envie de faire le vide dans presque toutes les pi&#232;ces. </p><h2>Le post-it, cette fois, je ne l&#8217;oublie plus</h2><p>KISS. Keep It Simple, Stupid. Il aura fallu une cuisine pour que le mot de mes vingt ans redevienne vrai.</p><p>Si tu ne connais pas le minimalisme, va voir. Mais ne commence pas par ta vie enti&#232;re. Commence par un objet, un truc simple. Ou si tu te sens, le coin d&#8217;une pi&#232;ce. Une seule. Tu verras jusqu&#8217;o&#249; &#231;a va.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Mon nom est personne]]></title><description><![CDATA[La p&#233;riode la plus heureuse de ma vie, je l'ai pass&#233;e &#224; n'&#234;tre personne. J'ai mis vingt ans &#224; comprendre pourquoi.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/mon-nom-est-personne</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/mon-nom-est-personne</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 06:07:54 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/a0174bc1-2a68-4720-8098-6851fca86e71_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>2003, j&#8217;habite Marseille. Je suis jeune papa de Dorian, deux ans, et d&#233;veloppeur. Je glande au travail, je fume, je m&#8217;ennuie. Je discute sur Caramail avec mes potes d&#8217;Everquest.</p><p>Un matin, je me regarde dans la glace et je me dis : &#171; T&#8217;es qu&#8217;un con. &#187;</p><p>Six mois plus tard, j&#8217;ai arr&#234;t&#233; de fumer et perdu douze kilos. Au travail, je fais en quinze jours ce qui me prenait trois mois. Mon chef est aux anges. Je suis heureux, la vie est simple et agr&#233;able.</p><p>Puis c&#8217;est reparti comme avant.</p><p>Aujourd&#8217;hui je suis bien dans ma vie, j&#8217;aime ce que je fais. Mais cette p&#233;riode-l&#224; avait quelque chose de particulier. C&#8217;est la sensation de paix la plus forte que j&#8217;ai connue, celle qui revient toujours quand je repense aux moments o&#249; j&#8217;ai &#233;t&#233; vraiment heureux.</p><p>Je me suis longtemps demand&#233; ce qui l&#8217;avait cr&#233;&#233;e. J&#8217;ai &#233;tudi&#233; les m&#233;canismes du bonheur, suivi des centaines d&#8217;heures de formation, sans jamais mettre le doigt dessus. Et puis hier, en &#233;crivant sur la simplicit&#233;, les mots ont fini par le trouver &#224; ma place.</p><p><strong>J&#8217;avais accept&#233; l&#8217;id&#233;e de n&#8217;&#234;tre personne.</strong></p><p>D&#8217;avoir une vie simple, de faire ma routine, de rigoler avec mes coll&#232;gues, de jouer avec mes amis. J&#8217;avais abandonn&#233; l&#8217;id&#233;e d&#8217;&#234;tre un &#171; bon joueur &#187;, d&#8217;&#234;tre mieux qu&#8217;un d&#233;veloppeur parmi quatre-vingts. Certains trouveront &#231;a triste ou cynique. Moi, je trouve &#231;a lib&#233;rateur.</p><h2>Ce que &#171; personne &#187; veut dire</h2><p>Ce &#171; personne &#187;, c&#8217;est la fin d&#8217;une qu&#234;te : devenir quelqu&#8217;un d&#8217;autre que ce qu&#8217;on est. La fin de la recherche d&#8217;un sens, d&#8217;une mission, d&#8217;une place. J&#8217;avais d&#233;j&#224; crois&#233; le concept. Il me touchait, puis s&#8217;en allait, incapable de s&#8217;installer en moi.</p><p>Pourquoi ? Parce que pour &#234;tre formateur, il faudrait &#234;tre quelqu&#8217;un ? Reconnu, comp&#233;tent ? Parce que pour avoir des clients, il faut &#234;tre quelqu&#8217;un ? Bla bla bla. &#199;a a l&#8217;air vrai. C&#8217;est du bullshit.</p><p>La v&#233;rit&#233;, c&#8217;est que j&#8217;aime le sentiment que me procure l&#8217;illusion d&#8217;&#234;tre quelqu&#8217;un. J&#8217;aime la reconnaissance, l&#8217;attention, les likes. J&#8217;aime &#234;tre un guide. J&#8217;aime savoir des choses que d&#8217;autres ignorent, pointer les erreurs de raisonnement des autres. Tout &#231;a me donne l&#8217;impression d&#8217;exister.</p><p>C&#8217;est ridicule. On dirait un enfant de quatre ans. Moi qui pensais avoir &#233;volu&#233; avec toutes ces ann&#233;es de travail sur moi.</p><h2>Le h&#233;ros malgr&#233; lui</h2><p>Une &#233;motion m&#8217;envahit toujours devant certains films : celle du h&#233;ros malgr&#233; lui. L&#8217;humilit&#233; de faire les choses par pure int&#233;grit&#233;, pour quelque chose de sacr&#233;, pas pour la gloire. Ce h&#233;ros qu&#8217;on ne voit pas mais qui reste dans les m&#233;moires, et qui n&#8217;a que faire d&#8217;y rester.</p><p>C&#8217;est ce qui a fait aimer Forrest Gump &#224; tant de gens. C&#8217;est ce qui me fait adorer Aragorn. C&#8217;est beau, c&#8217;est juste, c&#8217;est l&#8217;humain dans toute sa splendeur. Si je n&#8217;aime pas beaucoup les gens, je suis fou amoureux de cette humanit&#233;-l&#224;.</p><p>Puis j&#8217;oublie. Je me remets &#224; vivre suspendu &#224; l&#8217;avis des autres, au jugement, &#224; la reconnaissance. On vit tous dans l&#8217;illusion d&#8217;occuper une position privil&#233;gi&#233;e dans l&#8217;univers, un droit &#224; un traitement sp&#233;cial. Tout le monde se croit diff&#233;rent : &#231;a nous rend terriblement communs.</p><h2>Le sublime de n&#8217;&#234;tre rien</h2><p>N&#8217;&#234;tre personne, c&#8217;est ce qui permet de go&#251;ter le sublime.</p><p>Ce sublime que je ressens face aux &#233;toiles, &#224; l&#8217;immensit&#233; des montagnes. Celui qui me rappelle que je ne suis rien, et tout &#224; la fois. Je reste l&#224;, des heures, face au vide et &#224; l&#8217;absence de moi. Ce vide qui donne le vertige et qui, quand je prends le temps de l&#8217;observer, me ram&#232;ne &#224; la paix.</p><p>Pour conna&#238;tre &#231;a, je suis oblig&#233; d&#8217;accepter un certain degr&#233; d&#8217;inf&#233;riorit&#233;. Sans elle, impossible de me relier &#224; quelque chose de plus grand. Quand je cherche l&#8217;extase sans accepter la vuln&#233;rabilit&#233;, je reste prisonnier de la peur.</p><p>Je veux retrouver cette simplicit&#233;. Faire avec ce qui est l&#224;. Laisser l&#8217;inspiration monter du banal, du vrai, du simple.</p><p>&#201;crire m&#8217;y aide. Le chemin est encore long.</p><p>Mais un jour, j&#8217;en suis s&#251;r, mon nom sera &#224; nouveau &#171; personne &#187;.</p><div><hr></div><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Sortir de l'impuissance apprise]]></title><description><![CDATA[On croit qu'on ne peut pas. Alors on n'essaie plus. C'est une des blessures les plus r&#233;pandues, et la bonne nouvelle, c'est qu'elle se d&#233;sapprend.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/sortir-de-limpuissance-apprise</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/sortir-de-limpuissance-apprise</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 06:03:14 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/cd31bb79-0698-4248-8819-a54554431e88_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Martin Seligman faisait des exp&#233;riences de conditionnement sur des chiens, comme Pavlov.</p><p>Il expose un groupe &#224; une s&#233;rie de chocs &#233;lectriques in&#233;vitables. Les chiens ne peuvent pas y &#233;chapper : ils sont conditionn&#233;s &#224; subir. Ensuite, il les place dans une bo&#238;te s&#233;par&#233;e en deux par une petite barri&#232;re. D&#8217;un c&#244;t&#233;, le sol envoie une d&#233;charge ; de l&#8217;autre, rien.</p><p>Les chiens qui d&#233;couvraient les chocs sautaient de l&#8217;autre c&#244;t&#233;. Les chiens conditionn&#233;s, eux, restaient couch&#233;s &#224; encaisser, sans m&#234;me essayer de franchir la barri&#232;re.</p><p>Ils avaient int&#233;gr&#233; l&#8217;in&#233;vitable. Ils avaient ressenti l&#8217;impuissance.</p><p>Seligman venait de d&#233;couvrir l&#8217;impuissance apprise.</p><h2>Quand on cesse d&#8217;essayer</h2><p>On peut &#234;tre conditionn&#233; &#224; croire qu&#8217;on n&#8217;a aucun pouvoir sur sa situation. On n&#8217;essaie plus de la changer parce qu&#8217;on se sent impuissant &#224; en modifier l&#8217;issue. Ce sentiment m&#232;ne &#224; l&#8217;anxi&#233;t&#233;, &#224; la d&#233;pression, souvent aux deux. C&#8217;est une blessure &#233;motionnelle majeure, et je l&#8217;ai vue chez la plupart des personnes que j&#8217;ai accompagn&#233;es.</p><p>Celui qui &#233;vite les situations g&#234;nantes &#171; parce qu&#8217;il est comme &#231;a et qu&#8217;on n&#8217;y peut rien &#187;. Celui qui, apr&#232;s plusieurs tentatives rat&#233;es pour arr&#234;ter de fumer, est convaincu qu&#8217;il sera fumeur quoi qu&#8217;il fasse. Celle qui reste avec un conjoint violent parce qu&#8217;elle a l&#8217;impression qu&#8217;elle ne pourra jamais partir, quoi qu&#8217;elle tente.</p><p>Et pousser ces gens dehors &#224; coups de &#171; bons conseils &#187;, de jugements et de changements trop rapides ne fait qu&#8217;aggraver le sentiment d&#8217;&#234;tre inadapt&#233;. &#199;a renforce le probl&#232;me au lieu de le d&#233;nouer.</p><h2>Comment &#231;a se fabrique</h2><p>La th&#233;orie de l&#8217;attribution, pos&#233;e par Fritz Heider en 1958, dit que certaines fa&#231;ons d&#8217;interpr&#233;ter ce qui nous arrive nous rendent impuissants.</p><p>Imagine que tu rates un examen de maths. Tu peux l&#8217;attribuer de plusieurs mani&#232;res. Une attribution <strong>interne</strong> t&#8217;accuse toi : &#171; j&#8217;ai rat&#233; parce que je suis stupide &#187; (dire que le test &#233;tait dur, ce serait externe). Une attribution <strong>stable</strong> ne bouge pas dans le temps : &#171; je suis stupide &#187; est stable, &#171; je n&#8217;ai pas assez boss&#233; &#187; ne l&#8217;est pas. Une attribution <strong>globale</strong> g&#233;n&#233;ralise &#224; tout : &#171; je suis stupide &#187; vaut partout, &#171; je suis mauvais en maths &#187; reste sp&#233;cifique.</p><p>Interne, stable, globale, r&#233;unies : voil&#224; la recette de l&#8217;impuissance apprise. Un examen ne suffit pas. Ajoute la r&#233;p&#233;tition sur la dur&#233;e, et &#231;a devient une proph&#233;tie autor&#233;alisante.</p><h2>&#199;a se d&#233;sapprend</h2><p>Quand j&#8217;&#233;tais en &#233;cole d&#8217;ing&#233;nieur, je donnais des cours de maths &#224; des &#233;tudiants en lettres. Tous &#233;taient persuad&#233;s de ne pas &#234;tre faits pour &#231;a, d&#8217;avoir &#171; toujours &#233;t&#233; nuls &#187;.</p><p>Sans le savoir, je d&#233;sactivais ce biais en recr&#233;ant du possible &#224; partir de ce qu&#8217;ils aimaient d&#233;j&#224;. Je leur expliquais que les maths, c&#8217;est un langage, avec une grammaire et des r&#232;gles. Les notes montaient sans effort suppl&#233;mentaire. Le probl&#232;me n&#8217;&#233;tait ni les comp&#233;tences ni la m&#233;thode. C&#8217;&#233;tait l&#8217;impuissance apprise.</p><p>Des chercheurs ont fait pareil &#224; plus grande &#233;chelle : ils ont expliqu&#233; &#224; des &#233;tudiants tir&#233;s au sort que le cerveau est mall&#233;able, que l&#8217;intelligence &#233;volue. R&#233;sultat, ceux-l&#224; ont eu moins de difficult&#233;s scolaires et moins de sympt&#244;mes d&#8217;impuissance.</p><p>Comprendre ce m&#233;canisme sert toute une vie. Avec ses enfants, ses &#233;l&#232;ves, ceux qu&#8217;on accompagne : mettre l&#8217;accent sur l&#8217;effort d&#8217;apprendre plut&#244;t que sur le r&#233;sultat &#233;pargne des ann&#233;es de souffrance &#224; beaucoup de monde.</p><p>Parce que c&#8217;est bien plus difficile qu&#8217;il n&#8217;y para&#238;t d&#8217;&#233;viter ce sentiment. Mais en prendre conscience, c&#8217;est d&#233;j&#224; un grand pas pour en sortir.</p><div><hr></div><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Sois toi-même, le meilleur des mauvais conseils]]></title><description><![CDATA[&#171; Sois toi-m&#234;me. &#187; On en a fait l'arme des paresseux et des victimes. C'est dommage, parce que derri&#232;re le slogan vide se cache le travail d'une vie.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/sois-toi-meme-le-meilleur-des-mauvais</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/sois-toi-meme-le-meilleur-des-mauvais</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 05:58:57 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/4a11a66a-845e-470e-a1b6-584a9412f3ed_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Donner des conseils est toujours ridicule, mais donner de bons conseils est absolument fatal.</p><p><em>Oscar Wilde</em></p></blockquote><p>&#171; Sois toi-m&#234;me ! &#187;</p><p>&#192; quel point est-ce devenu vide de sens ?</p><p>&#171; Je suis moi-m&#234;me, si t&#8217;aimes pas c&#8217;est pas mon probl&#232;me ! &#187; Il ne manque que le <em>na !</em> et la voix de l&#8217;enfant de cinq ans. C&#8217;est la m&#234;me rengaine que &#171; chacun sa v&#233;rit&#233; &#187;, &#171; chacun se fera son id&#233;e &#187;, qu&#8217;on brandit avant m&#234;me d&#8217;avoir commenc&#233; &#224; discuter. Comme si on avait peur de r&#233;fl&#233;chir et de se confronter. C&#8217;est l&#8217;&#233;chappatoire &#224; tout ce qui demande un effort de remise en question. Ou pire, le d&#233;guisement de la bienveillance d&#233;goulinante : ne rien dire qui pourrait froisser, non pas pour &#233;pargner l&#8217;autre, mais pour &#233;viter d&#8217;&#234;tre mal vu.</p><p>Et pourtant, &#171; sois toi-m&#234;me &#187; n&#8217;est pas un mauvais conseil. C&#8217;est juste que peu de gens comprennent ce que &#231;a veut dire.</p><h2>&#192; quatre ans, on t&#8217;a menti</h2><p>Vers l&#8217;&#226;ge de quatre ans, <strong>le monde a entrepris de te persuader de quelque chose qui n&#8217;est pas vrai.</strong></p><p>Que tu es moyen. Que m&#233;tro-boulot-dodo est la normalit&#233; et la r&#233;ussite. Qu&#8217;ob&#233;ir aux r&#232;gles et marcher dans les clous est la seule voie. Et qu&#8217;il te suffisait de montrer un signe de cr&#233;ativit&#233; ou d&#8217;originalit&#233; pour que les adultes conditionn&#233;s se pr&#233;cipitent te remettre dans le rang.</p><p>Aujourd&#8217;hui encore, on te bombarde de qui tu dois &#234;tre, &#224; qui ressembler, ce que tu as le droit de dire, qui tu peux froisser. &#199;a vient de partout : les m&#233;dias, la famille, les amis, les inconnus. Le message est toujours le m&#234;me : mieux vaut se conformer, parce qu&#8217;oser &#234;tre diff&#233;rent, c&#8217;est risquer d&#8217;&#234;tre rejet&#233;.</p><p>Alors on se fa&#231;onne pour &#234;tre comme tout le monde. On devient des moutons qui ont oubli&#233; qu&#8217;ils sont n&#233;s lions.</p><blockquote><p>&#202;tre soi-m&#234;me dans un monde qui tente constamment de vous en emp&#234;cher est la plus grande des r&#233;ussites.</p><p><em>Ralph Waldo Emerson</em></p></blockquote><p>Et &#231;a pose une question digne du bac de philo : <strong>un lion qui se croit mouton est-il lui-m&#234;me quand il se comporte en mouton ?</strong></p><h2>Ton identit&#233; n&#8217;existe que gr&#226;ce aux autres</h2><p>L&#8217;avenir appartient &#224; ceux qui savent qui ils sont. Ils tirent parti de leurs forces, de leurs failles, de leurs zones de g&#233;nie. Ils ignorent ce qui n&#8217;est pas vraiment eux. Essaie plut&#244;t de tirer parti d&#8217;un esprit fabriqu&#233; par le monde ext&#233;rieur, et tu rejoindras la masse du fade, ceux qui disent tous la m&#234;me chose et se f&#233;licitent d&#8217;&#234;tre d&#8217;accord.</p><p>Mais attention au contresens.</p><blockquote><p>Dans un monde sans yeux, le soleil ne serait pas lumineux ; dans un monde sans peau, les rochers ne seraient pas durs. L&#8217;existence est une relation, et vous &#234;tes en plein milieu.</p><p><em>Alan Watts</em></p></blockquote><p>Le &#171; moi &#187; n&#8217;existe que parce qu&#8217;on arrive &#224; se distinguer de ce qui nous entoure. Nous sommes des produits du monde ext&#233;rieur, et les r&#233;seaux, la sur-socialisation, l&#8217;hyper-information ne font qu&#8217;aggraver le probl&#232;me. Quand un esprit peu s&#251;r de lui est expos&#233; &#224; des centaines de milliers d&#8217;opinions, les pens&#233;es des autres deviennent ses propres pens&#233;es. Son moi dispara&#238;t.</p><p>La solution ? Savoir &#234;tre seul. Vraiment seul. Tu ne peux pas &#234;tre toi-m&#234;me si tu n&#8217;es jamais seul avec toi-m&#234;me. Et quand on sait que certains pr&#233;f&#232;rent s&#8217;infliger des d&#233;charges &#233;lectriques plut&#244;t que de rester assis seuls sur une chaise, on mesure la difficult&#233;. C&#8217;est l&#224; que la marche, le questionnement de soi et l&#8217;&#233;criture deviennent des issues : trois fa&#231;ons de r&#233;duire l&#8217;&#233;cart entre ce qu&#8217;on croit &#234;tre et ce qu&#8217;on est.</p><h2>&#202;tre soi, c&#8217;est oser se d&#233;construire</h2><p>&#202;tre soi, ce n&#8217;est pas juste dire ce qu&#8217;on pense. C&#8217;est savoir <em>pourquoi</em> on le pense. Pourquoi on croit ce qu&#8217;on croit. C&#8217;est d&#233;construire qui on nous a dit d&#8217;&#234;tre, pour reconstruire sur des bases in&#233;branlables.</p><p>Et je crois que c&#8217;est &#231;a, aimer.</p><p>Aimer son conjoint, ses enfants, l&#8217;&#234;tre humain, c&#8217;est faire ce travail et le transmettre. C&#8217;est permettre &#224; ceux qu&#8217;on aime d&#8217;avoir moins &#224; d&#233;construire que nous, d&#8217;&#234;tre un peu plus proches de ce qu&#8217;ils sont vraiment.</p><p>Un lion n&#8217;a pas besoin qu&#8217;on l&#8217;aime pour savoir qu&#8217;il est un lion.</p><div><hr></div><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[De quoi tombe-t-on amoureux ?]]></title><description><![CDATA[On croit tomber amoureux de quelqu'un. Le plus souvent, on tombe amoureux d'un manque, d'une blessure, d'un fantasme. Et si on apprenait &#224; aimer autrement ?]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/de-quoi-tombe-t-on-amoureux</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/de-quoi-tombe-t-on-amoureux</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 05:52:43 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/f6617dbb-85d1-4b1c-99ea-5ba6d3b126a1_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>La personne qui s&#8217;ennuie en couple et qui flanche ailleurs, tombe-t-elle amoureuse de quelqu&#8217;un, ou de la nouveaut&#233;, de l&#8217;adr&#233;naline, du changement ?</p><p>Celle qui prend feu d&#232;s la premi&#232;re rencontre, de quoi tombe-t-elle amoureuse ?</p><p>Combien de gens sont amoureux du concept de l&#8217;amour, du fantasme d&#8217;une relation id&#233;ale, plut&#244;t que de l&#8217;autre, de la vie, du quotidien ? Combien sont amoureux d&#8217;une blessure ancienne, d&#8217;un besoin mal plac&#233;, d&#8217;un mod&#232;le parental, d&#8217;un id&#233;al de dessin anim&#233; ?</p><p>C&#8217;est la nature de l&#8217;&#234;tre humain.</p><p>&#171; &#202;tre &#187; et &#171; humain &#187;. Trop de gens &#233;coutent l&#8217;humain et oublient l&#8217;&#234;tre, m&#234;me ceux qui parlent d&#8217;&#234;tre &#224; longueur de journ&#233;e. C&#8217;est si facile de l&#8217;oublier, si difficile de l&#8217;&#233;couter quand on est pris dans les &#233;motions de l&#8217;humain.</p><h2>L&#8217;amour de l&#8217;humain</h2><p>L&#8217;humain, c&#8217;est le cerveau qui apprend et qui r&#233;p&#232;te. Il nous prot&#232;ge de ce qui a &#233;t&#233; per&#231;u comme douloureux, m&#234;me quand &#231;a nous ferait du bien. Il nous pousse vers ce qui a &#233;t&#233; per&#231;u comme agr&#233;able, m&#234;me quand &#231;a nous d&#233;truit.</p><p>S&#8217;il a appris qu&#8217;&#234;tre domin&#233; et maltrait&#233; &#233;tait une fa&#231;on d&#8217;avoir de l&#8217;attention, comment &#234;tre s&#251;r que &#171; l&#8217;amour &#187; de la rencontre n&#8217;est pas une nouvelle qu&#234;te de domination ? S&#8217;il a appris qu&#8217;&#234;tre &#233;cout&#233; et prot&#233;g&#233; rendait fragile, alors ce sont des centaines de rencontres qu&#8217;il ignore et filtre pour nous. Elles n&#8217;arrivent jamais, parce qu&#8217;elles nous sont invisibles.</p><p>Et l&#8217;invisible ne redevient visible qu&#8217;en remettant de la lumi&#232;re sur nos ombres.</p><p>La plupart des gens &#233;coutent cet amour-l&#224;. Celui qui r&#233;agit, qui na&#238;t du pass&#233;, des manques, des traumas. Celui qui &#171; veut &#187;, qui &#171; cherche &#187;, qui subit.</p><h2>L&#8217;amour de l&#8217;&#234;tre</h2><p>L&#8217;amour de l&#8217;&#234;tre, c&#8217;est l&#8217;amour choisi. Celui qui &#233;merge d&#8217;une &#233;volution personnelle, qui sait aimer soi et les autres malgr&#233; le moche, les peurs, les doutes et les besoins.</p><p>C&#8217;est un repos.</p><p>Le repos de nos exc&#232;s, de nos failles, de ces facettes intimes qu&#8217;on n&#8217;exprime qu&#8217;&#224; demi-mots, m&#234;me &#224; nos meilleurs amis. Un amour qui repose la lumi&#232;re, recharge les batteries, apaise les d&#233;mons.</p><p>Aimer, c&#8217;est l&#8217;&#234;tre qui accepte l&#8217;humain, qui l&#8217;int&#232;gre, qui voit le bon dans le moins bon. Ce n&#8217;est pas celui qui cherche &#224; se transformer en &#171; mieux &#187;, qui court apr&#232;s &#171; le parfait &#187;. Ce n&#8217;est pas celui du rapide, de l&#8217;imm&#233;diat, du court terme.</p><p>Aimer, c&#8217;est l&#8217;amour lent. Celui qui d&#233;couvre, qui &#233;coute, qui accepte. Celui qui laisse les souffrances nous traverser pour voir ce qu&#8217;il y a de beau, derri&#232;re.</p><div><hr></div><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Rien ne dure, rien n'est fini, rien n'est parfait]]></title><description><![CDATA[On t'a vendu la version r&#233;par&#233;e, lisse, termin&#233;e de toi. Les Japonais, eux, remplissent les fissures avec de l'or.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/rien-ne-dure-rien-nest-fini-rien</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/rien-ne-dure-rien-nest-fini-rien</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 22:51:53 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/ec1daed9-de7c-4213-9543-d284a4810dac_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Tu es fissur&#233;. L&#8217;ancien toi a l&#226;ch&#233;, le nouveau n&#8217;est pas l&#224;, et pile &#224; ce moment, tout te hurle la m&#234;me chose : recolle-toi. Redeviens entier. Redeviens fini. Comme si l&#8217;objectif de la vie, c&#8217;&#233;tait d&#8217;arriver un jour &#224; la version termin&#233;e, sans d&#233;faut, sous blister.</p><p>Il y a un peuple qui pense l&#8217;inverse. Et il ne cache pas ses f&#234;lures : il les dore.</p><p></p><h2>La jointure dor&#233;e</h2><p>Il y a quelques ann&#233;es, je suis all&#233; au Japon avec ma femme. J&#8217;y ai v&#233;cu des moments qui me font le m&#234;me effet que regarder les &#233;toiles. Cette sensation d&#8217;espace, de calme, d&#8217;infiniment grand et d&#8217;infiniment petit &#224; la fois.</p><p></p><p>Ils appellent &#231;a le wabi sabi. Une vision du monde. Le go&#251;t de l&#8217;imparfait, du modeste, de ce qui passe et de ce qui n&#8217;est jamais tout &#224; fait achev&#233;.</p><p></p><p>Son application, c&#8217;est le Kintsugi. Un artisan r&#233;pare une poterie cass&#233;e. Mais au lieu de planquer les f&#234;lures pour faire comme si de rien n&#8217;&#233;tait, il les souligne. Il coule de l&#8217;or dans les fissures. La casse devient le plus beau de l&#8217;objet. Et personne ne pourra jamais la reproduire, parce que rien ne se brise deux fois de la m&#234;me fa&#231;on.</p><p></p><p>Traduction pour toi, l&#224;, dans ton entre-deux : ce qui a craqu&#233; en toi n&#8217;est pas &#224; cacher. C&#8217;est l&#224; que va l&#8217;or.</p><p></p><h2>Trois v&#233;rit&#233;s que ton perfectionnisme d&#233;teste</h2><p><strong>Rien ne dure.</strong> L&#8217;ancien toi non plus. Ce n&#8217;&#233;tait pas un contrat &#224; vie, c&#8217;&#233;tait une saison. Elle est finie. Tu peux passer dix ans &#224; essayer de la rallumer, ou regarder ce qui pousse &#224; la place.</p><p></p><p><strong>Rien n&#8217;est fini.</strong> Il n&#8217;y a pas de version termin&#233;e de toi qui t&#8217;attend au bout. Pas de ligne d&#8217;arriv&#233;e o&#249; tu seras enfin &#171; ok &#187;. Juste une spirale, pas une ligne droite. Tu repasseras par les m&#234;mes endroits, un cran plus haut. Habiter, ce n&#8217;est pas gu&#233;rir.</p><p></p><p><strong>Rien n&#8217;est parfait.</strong> Et ce n&#8217;est pas une excuse pour glander. Le wabi sabi n&#8217;emp&#234;che pas de viser l&#8217;excellence, il interdit juste de te rendre malade &#224; courir une perfection qui n&#8217;existe pas. C&#8217;est un art. L&#8217;art de faire avec ce qui est. De faire plus avec moins.</p><p></p><p>Leur philosophie tient en sept mots qu&#8217;ils ont chacun : kanso la simplicit&#233;, fukinsei l&#8217;asym&#233;trie, shibumi la sobri&#233;t&#233;, shizen le naturel, yugen la gr&#226;ce discr&#232;te, datsuzoku la libert&#233;, seijaku la tranquillit&#233;. Tu n&#8217;as pas &#224; les retenir. Retiens juste qu&#8217;aucun ne parle de &#171; r&#233;par&#233; &#187;, de &#171; fini &#187;, de &#171; parfait &#187;.</p><p></p><h2>Le rep&#232;re, pas la recette</h2><p>Je ne vais pas te donner cinq &#233;tapes pour habiter tes f&#234;lures. &#199;a se saurait, et ce serait mentir. Le spirituel, &#231;a ne se traverse pas comme un tunnel, &#231;a s&#8217;habite comme une maison.</p><p></p><p>Juste un rep&#232;re, alors. La prochaine fois que tu te surprends &#224; vouloir masquer une fissure, cacher que tu ne tournes pas rond, faire semblant d&#8217;&#234;tre recoll&#233; pour rassurer les autres : arr&#234;te-toi une seconde. Demande-toi o&#249; tu mettrais l&#8217;or. Pas pour te vanter d&#8217;&#234;tre cass&#233;, l&#8217;inverse du drame. Pour arr&#234;ter de traiter comme une honte ce qui est juste une trace de vie.</p><p></p><p>Ce n&#8217;est pas confortable. Le wabi sabi (&#224; ne pas confondre avec le wasabi, tu me remercieras) ne promet pas que tout ira bien. Il promet autre chose. Beth Kempton :</p><p></p><blockquote><p><em>Le wabi sabi vous donne la permission d&#8217;&#234;tre vous-m&#234;me. Il vous encourage &#224; faire de votre mieux sans vous rendre malade dans la poursuite d&#8217;un objectif de perfection inatteignable. Et il vous montre que la beaut&#233; se trouve dans les endroits les plus improbables.</em></p></blockquote><p>Les endroits les plus improbables. Genre, en plein milieu d&#8217;un entre-deux.</p><p></p><p><em>Habiter tes f&#234;lures plut&#244;t que les cacher, c&#8217;est le c&#339;ur de l&#8217;entre-deux. Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Les pièges de la différence]]></title><description><![CDATA[Te sentir &#224; c&#244;t&#233;, d&#233;cal&#233;, pas &#224; ta place. C'est peut-&#234;tre vrai. Mais en faire un drapeau, c'est rester coinc&#233; &#224; 4 ans.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/les-pieges-de-la-difference</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/les-pieges-de-la-difference</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 22:46:11 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/83bce1a8-2fd6-4861-a87d-b7d242174c43_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il y a un moment o&#249; tu ne te reconnais plus. Les autres semblent tenir dans le moule, aller au boulot content, rire aux m&#234;mes blagues, et toi tu regardes &#231;a de l&#8217;ext&#233;rieur, comme derri&#232;re une vitre. Tu te sens diff&#233;rent. D&#233;cal&#233;.</p><p>Et l&#224;, deux routes. L&#8217;une te sort de l&#8217;entre-deux. L&#8217;autre t&#8217;y enterre. La deuxi&#232;me est la plus tentante, forc&#233;ment.</p><p></p><h2>La diff&#233;rence-drapeau, ce pi&#232;ge si confortable</h2><p>La route facile, c&#8217;est d&#8217;en faire une identit&#233;. &#171; Moi je suis diff&#233;rent. Le monde ne me comprend pas. &#187; Tu brandis ta diff&#233;rence comme un drapeau et tu attends que la foule s&#8217;incline.</p><p></p><p>Sauf que cette diff&#233;rence-l&#224; ne repose sur rien. Elle ne contribue &#224; rien, elle n&#8217;apporte rien, elle brasse de l&#8217;air et r&#233;clame de l&#8217;attention. C&#8217;est l&#8217;enfant rebelle qui a vieilli sans grandir : ne pas faire comme les autres, ne rien tol&#233;rer, hurler qu&#8217;il est libre et ind&#233;pendant, incapable de se faire cuire un &#339;uf.</p><p></p><p>Et le poison est planqu&#233; dedans : &#171; si je suis si sp&#233;cial, si diff&#233;rent, c&#8217;est que les autres doivent &#234;tre nuls. &#187; Bon courage pour avancer avec &#231;a sur le dos. Ce qui &#233;tait juste au d&#233;part, un d&#233;calage vrai, une lucidit&#233; qui gratte, se transforme en bruit de victime d&#8217;un syst&#232;me et des gens.</p><p></p><h2>Trois v&#233;rit&#233;s qui d&#233;gonflent le drapeau</h2><p><strong>On est tous format&#233;s.</strong> Quand je dis &#171; ne laisse pas le monde te rendre normal &#187;, je ne parle pas de conformit&#233;, je parle de formatage. On l&#8217;a tous. L&#8217;&#233;ducation, la pub, les copains, tout &#231;a t&#8217;a coul&#233; dans un moule sans te demander ton avis. Sortir de l&#224;, c&#8217;est le boulot d&#8217;une vie, pas un badge qu&#8217;on &#233;pingle.</p><p></p><p><strong>Diff&#233;rent ne veut pas dire que les autres ont tort.</strong> Tu peux te sentir d&#233;cal&#233;, l&#8217;&#234;tre, et l&#8217;autre a quand m&#234;me le droit de ne pas voir le monde comme toi. On ne tombe pas pour autant dans le &#171; chacun sa v&#233;rit&#233; &#187;, cette brouette de bienveillance d&#233;goulinante qui tue les d&#233;bats et te laisse seul avec tes angles morts. &#202;tre vraiment diff&#233;rent, c&#8217;est encaisser la contradiction sans partir en vrille d&#232;s qu&#8217;on te confronte.</p><p></p><p><strong>Diff&#233;rent ne veut pas dire sp&#233;cial.</strong> Se croire &#224; part est un biais, et il est cocasse :</p><p></p><ul><li><p>96 % des patients atteints d&#8217;un cancer s&#8217;estiment en meilleure sant&#233; que la moyenne des patients atteints d&#8217;un cancer.</p></li><li><p>94 % des profs se jugent meilleurs que le prof moyen.</p></li><li><p>93 % des conducteurs se trouvent plus prudents que la moyenne.</p></li></ul><p>Et ton premier r&#233;flexe en lisant &#231;a ? Te dire que pour toi c&#8217;est diff&#233;rent. Que toi, vraiment, tu n&#8217;es pas dans la moyenne. La joie des biais. Pars du principe que les autres ne sont pas cons, tu apprendras d&#8217;eux. Pars du principe que tu es &#224; part, tu resteras seul sur ton petit tr&#244;ne.</p><p></p><h2>La seule question qui compte</h2><p>Voil&#224; le pas. Le d&#233;calage que tu ressens, arr&#234;te de te demander s&#8217;il est r&#233;el. Il l&#8217;est. Demande-toi ce que tu en fais.</p><p></p><p>Si c&#8217;est pour crier que tu es diff&#233;rent et attendre que le monde te d&#233;cerne une m&#233;daille, tu as toujours 4 ans. La question, la seule : qu&#8217;est-ce que tu fais de ta diff&#233;rence pour contribuer &#224; un truc qui te d&#233;passe ?</p><p></p><p>Reformule ton &#171; je ne suis pas comme eux &#187; en &#171; voil&#224; ce que je vois que les autres ne voient pas, et voil&#224; ce que j&#8217;en fais &#187;. D&#8217;un coup ce n&#8217;est plus une plainte, c&#8217;est un point de d&#233;part. F&#233;lix Radu le dit mieux que moi, sur le harc&#232;lement scolaire :</p><p></p><blockquote><p><em>Si vous vous sentez &#224; l&#8217;&#233;troit dans le monde, c&#8217;est que vous &#234;tes l&#224; pour le changer.</em></p></blockquote><p>&#192; l&#8217;&#233;troit, dans l&#8217;entre-deux, tu l&#8217;es. Reste &#224; savoir si tu vas passer ta vie &#224; le crier, ou en faire quelque chose.</p><p></p><p><em>L&#8217;entre-deux te rend d&#233;cal&#233;. Ce que tu en fais, c&#8217;est tout le sujet. Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le cercle d'attachement]]></title><description><![CDATA[Une queue-de-poisson et tu klaxonnes comme si on t'avait insult&#233; ta m&#232;re. C'est pas la bagnole. C'est toi que tu d&#233;fends. Et dans un couple, c'est pareil.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/le-cercle-dattachement</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/le-cercle-dattachement</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 22:40:18 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/6ef826ce-a3b8-4acd-b9f1-d160f156fec0_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Un type te fait une queue-de-poisson. Tu klaxonnes, tu insultes, ton c&#339;ur tape. Pour une Corsa que tu revendras dans trois ans. Bizarre, non ? Personne n&#8217;a touch&#233; &#224; <em>toi</em>. On a juste d&#233;bo&#238;t&#233; devant un bout de t&#244;le.</p><p>Sauf que pour ton cerveau, ce bout de t&#244;le, c&#8217;est toi.</p><p></p><h2>Le cercle, le point, et tout ce que tu colles dessus</h2><p>Prends un cercle. Un point au milieu. Le point, c&#8217;est toi. Le vrai, l&#8217;intime, celui que m&#234;me toi tu connais mal.</p><p></p><p>Loin du point, tout au bord : l&#8217;&#233;quipe de foot du village de Perdue, au Saskatchewan. Qu&#8217;elle gagne ou qu&#8217;elle perde son match, &#231;a ne te fait rien. C&#8217;est dehors.</p><p></p><p>Entre les deux, tu colles des trucs. Ta voiture. Ton boulot. Ton club. Tes id&#233;es. Ta maison. Ton conjoint. Chacun colle ce qu&#8217;il veut, o&#249; il veut, selon son histoire.</p><p></p><p>Et voil&#224; la m&#233;canique : plus un truc est pr&#232;s du point, plus tu le prends pour toi. La voiture coll&#233;e au centre, une queue-de-poisson devient une insulte. L&#8217;&#233;quipe coll&#233;e au centre, une d&#233;faite te bousille ta soir&#233;e. Tu as attach&#233; un r&#233;sultat ext&#233;rieur &#224; qui tu es. On critique le truc, tu entends qu&#8217;on te critique toi.</p><p></p><p>Jusque-l&#224;, c&#8217;est du folklore. Une bagnole, une &#233;quipe, on s&#8217;en remet.</p><p></p><h2>L&#8217;autre aussi, tu l&#8217;as coll&#233; au point</h2><p>Ta moiti&#233;, tu l&#8217;as coll&#233;e pile &#224; c&#244;t&#233; du centre. Tout contre le point. Pratique, tant qu&#8217;elle reste sagement &#224; sa place.</p><p></p><p>Le probl&#232;me, c&#8217;est le jour o&#249; elle bouge. Elle change d&#8217;avis, elle se met &#224; un truc, elle grandit dans une direction que tu n&#8217;avais pas pr&#233;vue. Ton cerveau ne lit pas &#171; elle &#233;volue &#187;. Il lit &#171; on touche &#224; moi &#187;. Alors tu te crispes. Tu veux qu&#8217;elle revienne o&#249; elle &#233;tait. Tu appelles &#231;a de l&#8217;amour, tu dis &#171; c&#8217;est pour toi &#187;, mais tu d&#233;fends ton point.</p><p></p><p>Vouloir que l&#8217;autre change, au fond, c&#8217;est vouloir qu&#8217;il reste coll&#233; l&#224; o&#249; tu l&#8217;avais mis.</p><p></p><p>Le pire arrive quand c&#8217;est <em>toi</em> qui bouges. L&#8217;entre-deux d&#233;barque, l&#8217;ancien toi se fissure, tes rep&#232;res l&#226;chent. Et l&#224; tu t&#8217;accroches encore plus fort &#224; ce que tu as coll&#233; au point, parce que c&#8217;est tout ce qui te reste de &#171; moi &#187;. Ton couple devient le champ de bataille d&#8217;un truc qui n&#8217;a rien &#224; voir avec ton couple. Tu te trompes de coupable.</p><p></p><h2>D&#233;colle une chose. Une seule.</h2><p>Voil&#224; le pas, et il tient ce soir.</p><p></p><p>Prends la derni&#232;re fois que tu t&#8217;es senti attaqu&#233; par la personne en face. La vraie question n&#8217;est pas &#171; qu&#8217;est-ce qu&#8217;elle m&#8217;a fait &#187;. C&#8217;est : <em>qu&#8217;est-ce que j&#8217;avais coll&#233; &#224; mon point, l&#224;, pour que &#231;a pique autant ?</em></p><p></p><p>Ton besoin d&#8217;avoir raison. Ton image de couple qui-va-bien. L&#8217;id&#233;e que si elle change, tu ne comptes plus. Nomme-le. Une attente coll&#233;e qu&#8217;on voit, on peut en faire quelque chose. Une attente coll&#233;e qu&#8217;on ne voit pas, c&#8217;est elle qui conduit.</p><p></p><p>Le bouddhisme en a fait une vertu, le d&#233;tachement, la vertu cardinale. De la possessivit&#233; na&#238;t le manque. Belle phrase. Sauf qu&#8217;on n&#8217;est pas des moines et qu&#8217;on ne va pas tout d&#233;coller d&#8217;un coup, sinon on ne s&#8217;attache plus &#224; rien et on devient un caillou. L&#8217;id&#233;e, c&#8217;est pas de vider le cercle. C&#8217;est de savoir ce que tu y as mis. Le minimaliste ne jette pas tout, il regarde ce qu&#8217;il garde et pourquoi.</p><p></p><p>D&#233;colle une chose de ton point. Tu verras : ce n&#8217;est pas l&#8217;autre qui s&#8217;&#233;loigne. C&#8217;est toi qui respires.</p><p></p><p><em>Reconna&#238;tre ce que tu as attach&#233; &#224; ton identit&#233;, c&#8217;est le premier geste de l&#8217;entre-deux. Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La confiance est un leurre]]></title><description><![CDATA[&#171; Je n'ai pas confiance en moi. &#187; Tu l'as tellement r&#233;p&#233;t&#233; que c'est devenu ton nom. Et si, surtout, c'&#233;tait une fa&#231;on de rester tranquille ?]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/la-confiance-est-un-leurre</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/la-confiance-est-un-leurre</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 22:34:19 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/21eff53f-9d0c-4e01-82d8-1347f24bfb60_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>&#171; Je manque de confiance en moi. &#187; On le dit tellement que &#231;a finit par coller &#224; la peau, comme une identit&#233;. Comme une excuse bien pratique, aussi. Et le jour o&#249; l&#8217;ancien toi se fissure, o&#249; tes vieux rep&#232;res l&#226;chent, la phrase revient en boucle. Sauf qu&#8217;elle parle d&#8217;autre chose que ce que tu crois.</p><h2>Ce n&#8217;est pas la confiance qui te manque, c&#8217;est la certitude</h2><p>Quand tu dis &#171; je manque de confiance &#187;, tu dis une autre phrase : &#171; je veux &#234;tre s&#251;r de ce qui va arriver. &#187; S&#251;r que &#231;a va marcher. &#171; J&#8217;ose pas &#187;, c&#8217;est la version polie de &#171; je suis pas s&#251;r &#187;.</p><p></p><p>Ce serait reposant, remarque. Savoir d&#8217;avance que &#231;a marche, &#231;a t&#8217;&#233;pargne l&#8217;effort, le travail, la critique, le regard des autres.</p><p></p><p>Mais regarde ce que tu fais de la certitude quand tu l&#8217;as. Elle t&#8217;ennuie. Le couple qui ronronne, le boulot qui tourne, les dimanches qui se ressemblent. Tout ce qui te lasse dans ta vie, c&#8217;est de la certitude. Elle te vole le seul truc dont tu as besoin pour te sentir vivant : &#234;tre surpris.</p><p></p><p>Alors tu en fais un refuge. Tu t&#8217;y enfermes pour fuir le nouveau, le changement, la question qui gratte. Un peu d&#8217;ego, un peu de flemme, beaucoup de trouille de te confronter.</p><p></p><p>Et c&#8217;est l&#224; que l&#8217;entre-deux te cueille. L&#8217;entre-deux, c&#8217;est le moment o&#249; tes certitudes s&#8217;effondrent. Tu appelles &#231;a &#171; perdre confiance &#187;. Tu perds tes rep&#232;res, pas ta valeur.</p><p></p><h2>Change l&#8217;&#233;tiquette</h2><p>Un truc, tout de suite. Le doute que tu tra&#238;nes, arr&#234;te de l&#8217;appeler &#171; doute &#187;. Appelle-le surprise. Myst&#232;re. Suspens.</p><p></p><p>&#199;a sent la pirouette. C&#8217;en est pas une. L&#8217;&#233;tiquette que tu colles sur une &#233;motion d&#233;cide de ce que tu en fais. Le m&#234;me trou au ventre devient une menace, ou le d&#233;but de quelque chose.</p><p></p><h2>La vraie confiance ne brille pas, elle se cabosse</h2><p>L&#8217;autre moiti&#233; de l&#8217;histoire : la confiance ne tombe pas du ciel. Elle ob&#233;it &#224; une formule presque b&#234;te.</p><p></p><p><strong>Volume &#215; Temps &#215; Comp&#233;tence.</strong></p><p></p><p>&#171; J&#8217;ai confiance &#187; veut dire une chose : j&#8217;ai fait ce truc tellement de fois, pendant tellement longtemps, que je m&#8217;en suis lass&#233;. Personne ne doute dans un domaine qu&#8217;il ma&#238;trise.</p><p></p><p>Alors quand on me dit &#171; je suis nul en &#233;criture, j&#8217;ose pas &#187;, je pose une seule question : tu y as pass&#233; combien d&#8217;heures, avant d&#8217;en faire une v&#233;rit&#233; qui t&#8217;arr&#234;te ? En face, un silence.</p><p></p><p>La vraie confiance ne brille pas. Elle se cabosse. Ce n&#8217;est pas l&#8217;assurance du type qui n&#8217;a jamais dout&#233;. C&#8217;est le calme de celui qui a rat&#233; cent fois et qui revient quand m&#234;me.</p><p></p><h2>Il te manque de la certitude, pas de la valeur</h2><p>Si tu traverses un de ces moments o&#249; plus rien ne te para&#238;t s&#251;r, arr&#234;te de te dire que tu manques de confiance. Il te manque de la certitude. Et &#231;a, c&#8217;est presque une bonne nouvelle : la certitude, au fond, tu n&#8217;en veux pas.</p><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Loup Solitaire]]></title><description><![CDATA[Je n'ai pas beaucoup d'amis. Et le plus dur, ce n'est pas la solitude, c'est de me laisser voir.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/loup-solitaire</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/loup-solitaire</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 22:29:10 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/808b762e-f789-44c8-bba7-028ff2788651_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Je n&#8217;ai pas beaucoup d&#8217;amis proches, 2, peut-&#234;tre 3.</p><p></p><p>Je suis exigeant en amiti&#233; tout en n&#8217;&#233;tant pas un tr&#232;s bon ami.</p><p></p><p>Si je suis virtuellement connect&#233; &#224; des milliers de gens, il m&#8217;arrive de passer des mois sans avoir de contact en personne.</p><p></p><p>En 2022, si je ne compte pas les r&#233;unions de famille, je n&#8217;ai vu en vrai que 3 personnes. J&#8217;ai d&#251; avoir 5 personnes au t&#233;l&#233;phone pour autre chose que du travail.</p><p></p><p>Je devrais faire mieux. Je devrais avoir plus d&#8217;amis, sortir plus, inviter plus de monde.</p><p></p><p>Beaucoup de gens n&#8217;osent pas me d&#233;ranger ou me voient parfois comme quelqu&#8217;un d&#8217;occup&#233;.</p><p></p><p>D&#8217;autres me parlent parfois comme si j&#8217;&#233;tais une star inaccessible.</p><p></p><p>&#199;a me fait toujours bizarre parce que je me sens plus souvent honor&#233; d&#8217;&#234;tre contact&#233;.</p><p></p><p>Des ann&#233;es d&#8217;exp&#233;rience de vie. Des ann&#233;es de travail personnel. Du coaching. Des livres &#224; ne plus savoir qu&#8217;en faire, des cours et des formations.</p><p></p><p>Tant de connaissances, d&#8217;exp&#233;rience et de travail sur les liens d&#8217;attachements, la connexion, la vuln&#233;rabilit&#233; et les limites, et les relations affectives.</p><p></p><p>Pour quoi ?</p><p></p><p>Si je peux parler de moi et &#234;tre authentique, il n&#8217;y a pas grand chose de plus difficile pour moi que de me laisser voir.</p><p></p><p>Je veux dire vraiment.</p><p></p><p>De me laisser voir sans avoir &#224; montrer que je sais des choses, que je suis digne d&#8217;&#234;tre aim&#233; parce que je suis capable d&#8217;aider. De me sentir en s&#233;curit&#233;. De faire confiance.</p><p></p><p>J&#8217;ai l&#8217;habitude d&#8217;h&#233;siter &#224; contacter les personnes que j&#8217;aime bien. Je me dis toujours que je vais d&#233;ranger, parfois m&#234;me qu&#8217;on ne sait plus qui je suis.</p><p></p><p>J&#8217;ai l&#8217;habitude d&#8217;annuler des &#233;v&#233;nements ou des r&#233;unions &#224; la derni&#232;re minute, et d&#8217;oublier messages et e-mails.</p><p></p><p>J&#8217;ai laiss&#233; s&#8217;&#233;teindre des amiti&#233;s &#224; distance parce qu&#8217;il me semblait impossible de les suivre. Si &#231;a n&#8217;est pas &#224; fond, autant que ce ne soit rien.</p><p></p><p>Il y a toujours la peur ind&#233;l&#233;bile que les gens s&#8217;en aillent.</p><p></p><p>&#192; 15 ans mon meilleur ami a coup&#233; tous les ponts du jour au lendemain. Plus &#226;g&#233; il &#233;tait parti faire l&#8217;arm&#233;e et le seul lien qu&#8217;il avait conserv&#233; avec son entourage &#233;tait les lignes de d&#233;bit de sa carte bleue. M&#234;me sa m&#232;re n&#8217;avait plus de contact. Je me suis racont&#233; qu&#8217;il &#233;tait devenu agent secret.</p><p></p><p>Plus tard, apr&#232;s avoir pass&#233; 5 ans d&#8217;&#233;cole d&#8217;ing&#233;nieurs avec un ami, il s&#8217;&#233;loigne et finit par me dire un jour que nous n&#8217;avions rien en commun. Apr&#232;s 5 ans et &#224; plus de 8 heures par jour pass&#233;es ensemble. Il &#233;tait sorti avec mon ex, mais honn&#234;tement, moi, &#231;a m&#8217;&#233;tait &#233;gal, c&#8217;&#233;tait mon ex, c&#8217;&#233;tait un mec bien, tant mieux pour elle.</p><p></p><p>Encore un de disparu.</p><p></p><p>C&#8217;est plus s&#251;r d&#8217;&#234;tre seul.</p><p></p><p>Je garde les gens en marge.</p><p></p><p>C&#8217;est plus s&#251;r de laisser les relations s&#8217;effacer.</p><p></p><p>Je me sens plus en s&#233;curit&#233; en quittant avant d&#8217;&#234;tre quitt&#233;, en m&#8217;isolant avant d&#8217;&#234;tre bless&#233;, en donnant au lieu d&#8217;&#234;tre dans le besoin, en provoquant pour filtrer ceux qui s&#8217;arr&#234;tent aux apparences, en aidant les autres avec leurs probl&#232;mes et en parlant de ce que je sais plut&#244;t que de moi.</p><p></p><p>Je ne me plains pas. J&#8217;aime cette solitude. C&#8217;est quand j&#8217;ai essay&#233; de la fuir que &#231;a a fait mal.</p><p></p><p>Je me suis perdu dans l&#8217;ombre de moi-m&#234;me, dans des relations douloureuses, dangereuses et pleines de manipulation.</p><p></p><p>Je n&#8217;aime pas les futilit&#233;s et les conversations inutiles. J&#8217;aime refaire le monde, r&#233;soudre des probl&#232;mes, parler de choses compliqu&#233;es qui fatigueraient plein de monde. J&#8217;aime &#233;changer sur la vie, la mort, les gens et l&#8217;univers.</p><p></p><p>Mais je suis suppos&#233; &#234;tre sage, &#234;tre quelqu&#8217;un vers qui les autres se tournent, &#234;tre quelqu&#8217;un qui a d&#233;pass&#233; tout &#231;a, qui est &#224; l&#8217;aise en groupe, en soci&#233;t&#233;&#8230; les autres s&#8217;imaginent souvent qu&#8217;on est diff&#233;rent, qu&#8217;on est mieux ou plus avanc&#233; juste parce qu&#8217;on a des comp&#233;tences et qu&#8217;on partage en public.</p><p></p><p>C&#8217;est une illusion.</p><p></p><p>Je ne le suis pas. Personne ne l&#8217;est.</p><p></p><p>Mon blog est un journal personnel am&#233;lior&#233;. Si parfois je partage ce que j&#8217;ai appris et int&#233;gr&#233;, je m&#8217;&#233;cris bien plus souvent &#224; moi-m&#234;me, comme des rappels, des guides, des choses que je suis en train d&#8217;apprendre ou que je dois apprendre.</p><p></p><p>Les programmes que je propose ont d&#8217;abord chang&#233; ma vie avant d&#8217;avoir la pr&#233;tention de changer celle des autres. Parfois m&#234;me, je les r&#233;&#233;coute et j&#8217;en apprends encore des choses.</p><p></p><p>Alors, si vous vous demandez si vous &#234;tes seul &#224; ne pas avoir beaucoup de vrais amis&#8230;</p><p></p><p>Si vous ressentez une g&#234;ne &#224; l&#8217;id&#233;e de cultiver des relations&#8230;</p><p></p><p>Si vous vous sentez plus &#224; l&#8217;aise avec la s&#233;curit&#233; de la solitude&#8230;</p><p></p><p>Si vous remarquez que vous &#234;tes dou&#233; pour lire les gens, mais que vous ne vous laissez pas voir aussi facilement&#8230;</p><p></p><p>Si vous &#234;tes partag&#233; entre l&#8217;amour de cette solitude et l&#8217;envie de plus de vraies relations&#8230;</p><p></p><p>Vous n&#8217;&#234;tes pas seul.</p><p></p><p><em>Abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Les attentes cachées qui plombent un couple]]></title><description><![CDATA[Le jour o&#249; ma femme m'a l&#226;ch&#233; &#171; tu ne veux pas que je r&#233;ussisse &#187;, j'ai compris que je lui demandais un truc que je ne lui avais jamais dit.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/les-attentes-cachees-qui-plombent</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/les-attentes-cachees-qui-plombent</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 22:21:34 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/befeefd6-8509-4900-a75b-6cfc6fa22523_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>On croit que les disputes de couple, c&#8217;est la vaisselle, la belle-m&#232;re, le fric. La plupart du temps, non. C&#8217;est autre chose de plus discret : un truc qu&#8217;on attend de l&#8217;autre sans le lui dire. Pire, qu&#8217;on ne s&#8217;avoue m&#234;me pas &#224; soi.</p><h2>Un soir, &#224; table</h2><p>Un soir, on parle de ses projets d&#8217;&#233;tudes, ma femme et moi. Et l&#224;, avec mon tact l&#233;gendaire, je lui glisse deux ou trois conseils. Enfin, des conseils. Des reproches d&#233;guis&#233;s en conseils, soyons honn&#234;tes.</p><p></p><p>Elle se tourne vers moi, sur un ton que je ne lui connais pas, et l&#226;che : &#171; De toute fa&#231;on, tu ne veux pas que je r&#233;ussisse. &#187;</p><p></p><p>Je me d&#233;fends. Je lui explique qu&#8217;elle raconte n&#8217;importe quoi, que voyons, bien s&#251;r que si. Sauf que je sais un truc sur elle : son intuition tape juste neuf fois sur dix. Alors pourquoi ce serait fiable pour tout le monde, et faux pile quand &#231;a me vise ?</p><p></p><p>&#199;a tient pas.</p><p></p><p>Donc j&#8217;ai fait le truc d&#233;sagr&#233;able. J&#8217;ai pris sa phrase pour argent comptant, et je suis all&#233; voir dessous.</p><p></p><h2>Ce qu&#8217;il y avait dessous</h2><p>Ce que j&#8217;ai trouv&#233;, &#231;a pique. La peur qu&#8217;elle parte, qu&#8217;en trouvant sa voie et en croisant d&#8217;autres gens elle me laisse sur le bord de la route. Et derri&#232;re, tapi, ce besoin d&#8217;&#234;tre important qui se nourrissait de sa pr&#233;sence. J&#8217;attendais d&#8217;elle qu&#8217;elle bouche ces trous, sans lui demander, sans le savoir.</p><p></p><p>C&#8217;est une vieille histoire, la peur de l&#8217;abandon. La croyance qu&#8217;il faut &#234;tre quelque chose pour m&#233;riter d&#8217;&#234;tre aim&#233;. Moi, il fallait que je sois l&#8217;important, le pilier, celui &#224; c&#244;t&#233; de qui on reste. Une femme qui d&#233;ploie ses ailes, &#231;a vient cogner pile l&#224;.</p><p></p><p>Le pire, c&#8217;est que &#231;a se voit pas. &#199;a se planque dans ce que j&#8217;appelle le sentiment de normalit&#233; : cette &#233;vidence qui s&#8217;installe au d&#233;but et change nos attentes en d&#251;s. On ne les questionne plus. Elles travaillent en silence.</p><p></p><h2>Les quatre attentes qui font le sale boulot</h2><p><strong>Attendre que l&#8217;autre comble tout.</strong> Qu&#8217;il soit parfait, qu&#8217;il remplisse chaque case vide. &#171; Moi j&#8217;ai pas ces attentes-l&#224; &#187;, tu vas me dire. Possible. Mais ce qui compte, c&#8217;est pas ce que tu penses, c&#8217;est ce que tu fais, et ce que tu tais dans ce que tu fais.</p><p></p><p><strong>Attendre que l&#8217;autre devine.</strong> Le classique du &#171; tu aurais d&#251; savoir &#187;. On croit que ce qu&#8217;on attend cr&#232;ve les yeux, que la personne qui nous aime lit dans notre t&#234;te comme dans un livre ouvert. Au d&#233;but, l&#8217;illusion tient : la lune de miel endort le jugement, un mois, deux ans selon les &#233;tudes. Puis la vie s&#8217;en m&#234;le, le boulot, les gosses, l&#8217;argent, et la t&#233;l&#233;pathie du d&#233;but se casse la figure. Pour dire tes besoins, encore faut-il les conna&#238;tre. &#199;a demande de descendre en soi. C&#8217;est chiant. Alors on exige que l&#8217;autre s&#8217;adapte.</p><p></p><p><strong>Attendre selon les r&#244;les.</strong> L&#8217;homme qui paie, la femme qui range. Pareil dans les couples de m&#234;me sexe. &#199;a se d&#233;programme pas en deux phrases : l&#8217;&#233;ducation et la soci&#233;t&#233; nous l&#8217;ont coll&#233; &#224; la peau. Et celui qui se croit le plus &#171; &#233;volu&#233; &#187; l&#224;-dessus ? C&#8217;est lui qui a le plus de boulot devant lui.</p><p></p><p><strong>Attendre que l&#8217;autre change. Et vite.</strong> La reine des disputes. Elle d&#233;barque quand tu te sens &#171; en avance &#187; sur lui. Tu oublies un d&#233;tail : toi, t&#8217;as mis des ann&#233;es &#224; changer. C&#8217;est la mal&#233;diction du savoir : ce que tu ma&#238;trises te para&#238;t simple, donc tu crois que c&#8217;est simple pour tout le monde. Et le poison, c&#8217;est que cette attente se d&#233;guise en amour. &#171; C&#8217;est pour ton bien. &#187; &#171; Tu serais tellement plus heureuse si&#8230; &#187; &#171; Ce serait mieux pour les enfants. &#187; Des phrases de sauveur, de coach du dimanche, qui n&#8217;ont rien &#224; faire dans un couple. En face, l&#8217;autre entend une seule chose : t&#8217;es pas assez bien comme t&#8217;es. Et &#224; force, la sortie de secours ressemble &#224; une d&#233;livrance.</p><p></p><h2>Un truc &#224; faire ce soir</h2><p>Pose-lui la question que je donne dans ma conf&#233;rence, et tais-toi pendant qu&#8217;il ou elle r&#233;pond.</p><p></p><p>&#171; Comment tu sais que tu es aim&#233;(e) ? &#187;</p><p></p><p>Tu vas &#234;tre surpris. Ce qui te fait sentir aim&#233;, toi, n&#8217;a rien &#224; voir avec ce qui le fait se sentir aim&#233;, lui. Et pendant des ann&#233;es, chacun a offert &#224; l&#8217;autre ce dont lui-m&#234;me avait besoin. En croyant bien faire.</p><p></p><p>Chez moi, la peur de l&#8217;abandon n&#8217;a pas disparu d&#8217;un coup de baguette : elle tra&#238;ne, comme un vieux meuble de famille. Mais elle est pass&#233;e du silence &#224; la conscience. Et &#231;a change tout. Une attente qu&#8217;on voit, on peut en faire quelque chose. Une attente qu&#8217;on ne voit pas, c&#8217;est elle qui conduit.</p><p></p><p>Alors surveille le sentiment de normalit&#233; : le vrai danger, c&#8217;est lui. Le jour o&#249; les attentions du d&#233;but deviennent &#171; normales &#187;, il ne reste de place que pour ce qui n&#8217;est plus normal : les emmerdes.</p><p></p><p>Moi, depuis, je fais gaffe. Enfin, j&#8217;essaie. Demande &#224; ma femme.</p><p></p><p><em>Si ce genre de trucs te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le piège du besoin d'appartenance]]></title><description><![CDATA[Vouloir appartenir au groupe des autres, c'est le pi&#232;ge. Et si tu inversais le sens ?]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/le-piege-du-besoin-dappartenance</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/le-piege-du-besoin-dappartenance</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 22:14:58 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/b6c40600-1161-4169-8316-c19b6b45451f_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>&#202;tre soi-m&#234;me dans un monde qui essaie constamment de vous en emp&#234;cher est la plus grande des r&#233;ussites.</p><p><em>Ralph Waldo Emerson</em></p></blockquote><p>Dans ma conf&#233;rence sur la r&#233;ussite, je dis une phrase : &#171; nous sommes tous des lions d&#233;guis&#233;s en moutons &#187;. Reste &#224; comprendre pourquoi c&#8217;est si difficile d&#8217;&#234;tre soi-m&#234;me. La r&#233;ponse tient dans un m&#233;canisme qu&#8217;on sous-estime tous.</p><p></p><h2>Le biais de conformit&#233;</h2><p>Le biais de conformit&#233;, c&#8217;est notre tendance &#224; nous aligner sur l&#8217;avis de la majorit&#233;, m&#234;me quand on pense diff&#233;remment, m&#234;me quand la majorit&#233; a tort.</p><p></p><p>L&#8217;exp&#233;rience la plus connue est celle de Solomon Asch : on montre une ligne &#224; un groupe et on demande laquelle, parmi trois, est identique. Tous les participants sont complices sauf un, et donnent expr&#232;s une r&#233;ponse fausse. Malgr&#233; l&#8217;&#233;vidence, environ un tiers des vrais participants s&#8217;alignent sur le groupe.</p><p></p><p>Pourquoi ? Parce que le conformisme active les m&#234;mes r&#233;seaux neuronaux que nos besoins primaires, manger, boire, dormir. C&#8217;est un besoin fondamental : le <strong>besoin d&#8217;appartenance</strong>.</p><p></p><h2>Ce qui te sauve est aussi ce qui t&#8217;enferme</h2><p>Le besoin d&#8217;appartenance est vital &#224; notre survie. Mais c&#8217;est aussi ce qui nous rend malheureux, ce qui nous emp&#234;che d&#8217;&#234;tre vraiment nous-m&#234;mes. On se tait, on se lisse, on range ses diff&#233;rences, pour ne pas risquer d&#8217;&#234;tre exclu du groupe.</p><p></p><p>Le vrai probl&#232;me, c&#8217;est qu&#8217;on accepte un pr&#233;suppos&#233; sans le voir : on veut appartenir au groupe <strong>des autres</strong>.</p><p></p><h2>Inverse le sens</h2><p>Au lieu de chercher &#224; appartenir au groupe des autres, donne aux autres l&#8217;envie d&#8217;appartenir au tien.</p><p></p><p>C&#8217;est tout le changement de paradigme. Tous les leaders, tous les &#171; lions &#187;, l&#8217;ont compris : ils n&#8217;ont pas rejoint un moule, ils ont cr&#233;&#233; un espace o&#249; d&#8217;autres avaient envie d&#8217;entrer.</p><p></p><p>Tu n&#8217;as pas &#224; devenir un mouton correct. Tu as &#224; assumer le lion.</p><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Comment trouver un sens à sa vie]]></title><description><![CDATA[Tu cherches ton &#171; pourquoi &#187;, ta grande r&#233;v&#233;lation. Et si le sens ne se trouvait pas, mais se cr&#233;ait ?]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/comment-trouver-un-sens-a-sa-vie</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/comment-trouver-un-sens-a-sa-vie</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 21:21:24 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/7f8bc42c-63c8-40cd-833b-484e4ef8f926_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Ceux qui manquent de sens cherchent souvent au mauvais endroit. Ils veulent changer ce qu&#8217;ils sont pour s&#8217;adapter &#224; leur vie, au lieu d&#8217;adapter leur vie &#224; ce qu&#8217;ils sont.</p><h2>Le pi&#232;ge du beau &#171; pourquoi &#187;</h2><p>Ils cherchent la r&#233;v&#233;lation, ce fameux &#171; pourquoi &#187; qu&#8217;on t&#8217;ordonne de trouver en d&#233;veloppement personnel. Et &#231;a g&#233;n&#232;re des missions toutes plus interchangeables les unes que les autres : &#171; rendre le monde meilleur &#187;, &#171; aider les autres &#224; se sentir mieux &#187;&#8230;</p><p></p><p>Cette id&#233;e que le sens surgit d&#232;s qu&#8217;on trouve quelque chose de beau et d&#8217;altruiste, c&#8217;est un pi&#232;ge. &#199;a donne des solutions, oui, des solutions inefficaces. Tu te mets &#224; lutter contre toi-m&#234;me en &#233;coutant de mauvais conseils : vis l&#8217;instant pr&#233;sent, arr&#234;te de penser, apprends &#224; appr&#233;cier ce que tu as.</p><p></p><p>Je l&#8217;ai fait. Pendant des ann&#233;es, dans l&#8217;informatique. Je connais les excuses qu&#8217;on se trouve pour &#233;viter de changer. Cette qu&#234;te d&#8217;un joli &#171; pourquoi &#187; qui donne le sentiment d&#8217;&#234;tre quelqu&#8217;un de bien : c&#8217;est nul. C&#8217;est le meilleur moyen de s&#8217;&#233;teindre &#224; petit feu.</p><p></p><h2>Le probl&#232;me avec le futur</h2><p>On est tr&#232;s mauvais pour s&#8217;imaginer notre futur. On y emm&#232;ne nos limites du pr&#233;sent, on raisonne &#224; court terme et en objectifs, on construit un futur calqu&#233; sur ce qu&#8217;on est aujourd&#8217;hui.</p><p></p><p>C&#8217;est l&#8217;illusion de la fin de l&#8217;histoire : croire que ce qu&#8217;on est maintenant est la version finale. On sait qu&#8217;on a beaucoup chang&#233; dans le pass&#233;, mais on est persuad&#233; qu&#8217;on ne changera plus.</p><p></p><p>Le vrai probl&#232;me, c&#8217;est qu&#8217;on confond <strong>direction</strong> et <strong>destination</strong>. Et la destination n&#8217;est pas importante.</p><p></p><h2>Le sens est une direction, pas une destination</h2><p>Une destination est finie. Une direction est infinie.</p><p></p><p>Un objectif est SMART : sp&#233;cifique, mesurable, atteignable, temporel. Une direction, elle, n&#8217;a rien de sp&#233;cifique. Elle est large, et elle tient en une phrase, comme la mission de l&#8217;Enterprise dans Star Trek : &#171; explorer de nouveaux mondes, d&#233;couvrir d&#8217;autres vies, avancer vers l&#8217;inconnu &#187;. Une direction qui, &#224; chaque &#233;pisode, ouvre une nouvelle destination.</p><p></p><p><strong>La vie est un ensemble de destinations donn&#233;es par une direction.</strong></p><p></p><p>Une direction, c&#8217;est une intention. Elle focalise, elle donne un axe, elle se sent dans ta fa&#231;on d&#8217;&#234;tre, de parler, de travailler. Elle te permet d&#8217;accepter l&#8217;inconnu, les risques, le long chemin.</p><p></p><p>Et elle commence souvent par une question simple : <em>comment ai-je envie de vivre ma vie ?</em> Pas &#171; ce que je fais &#187;, ta fa&#231;on de vivre. Par exemple : &#171; je veux pouvoir travailler peu, depuis partout, en gagnant bien ma vie. &#187; Il n&#8217;y a pas de &#171; faire &#187; associ&#233;. C&#8217;est une direction.</p><p></p><p>Quelle est la tienne ?</p><p></p><h2>La joie se cache dans les d&#233;tails</h2><p>D&#233;finir ta direction n&#8217;est que la premi&#232;re &#233;tape. La seconde : trouver ce qui te met en joie. Et &#231;a se cache &#224; deux endroits qui changent peu au cours d&#8217;une vie.</p><p></p><p><strong>Dans tes activit&#233;s.</strong> Pourquoi tu ne vois pas le temps passer sur certaines choses ? Quand j&#8217;explore les jeux vid&#233;o ou le golf, ce n&#8217;est jamais le jeu qui m&#8217;int&#233;resse, c&#8217;est ce qu&#8217;il nourrit : optimiser et simplifier, &#233;crire, &#233;changer et transmettre, apprendre, analyser, d&#233;cider et assumer. Prends le temps d&#8217;explorer : qu&#8217;est-ce qui te met en joie dans ce que tu aimes ?</p><p></p><p><strong>Dans ce que les autres te renvoient.</strong> Pendant mes stages, on m&#8217;a souvent dit &#171; tu devrais faire un one-man-show &#187; (alors que je d&#233;teste la sc&#232;ne). En s&#233;ance : &#171; vous &#234;tes rigolo, &#231;a change. &#187; Qu&#8217;on me dise que j&#8217;&#233;cris bien, que je lis vite les gens. Ce sont des indices, mais ils passent sous le silence de la normalit&#233;, alors on n&#8217;y pr&#234;te pas attention.</p><p></p><p>Condense ce qui te met en joie en six &#233;l&#233;ments maximum.</p><p></p><h2>Sens = direction + joie</h2><p>Trouver un sens, c&#8217;est combiner la direction (ta fa&#231;on de vivre) avec la joie (ce qui te motive et t&#8217;attire depuis toujours). La direction donne la motivation ; la joie donne la mani&#232;re d&#8217;y aller qui te ressemble. Enl&#232;ve l&#8217;un ou l&#8217;autre, et c&#8217;est la perte de sens.</p><p></p><p>Si ce qu&#8217;on te propose ne t&#8217;emm&#232;ne pas dans ta direction : dis non.</p><p></p><h2>Commence avant de te sentir pr&#234;t</h2><p>La plus grosse erreur, c&#8217;est d&#8217;attendre d&#8217;avoir atteint la destination pour commencer. Commence avant d&#8217;&#234;tre pr&#234;t. Tu veux &#233;crire un livre ? &#201;cris tous les jours. Tu veux former ? Enseigne d&#232;s maintenant dans des posts, des vid&#233;os. Tu veux accompagner de grands changements ? Commence par de petits.</p><p></p><p>Documente ton chemin. Les gens s&#8217;int&#233;resseront &#224; ton chemin, ils voudront le parcourir, ils te demanderont comment tu fais. Ta direction, c&#8217;est ce qui les inspirera. Ta joie, c&#8217;est ce qu&#8217;ils retiendront de toi.</p><p></p><p>Le sens ne se trouve pas. Il se cr&#233;e.</p><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La dictature invisible du bien-être]]></title><description><![CDATA[Le milieu du bien-&#234;tre t'apprend &#224; jouer le plus gu&#233;ri, le plus sage, le plus incarn&#233;. Et si c'&#233;tait exactement ce qui t'emp&#234;che d'&#234;tre vrai ?]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/la-dictature-invisible-du-bien-etre</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/la-dictature-invisible-du-bien-etre</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 21:13:50 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/2ae150a4-6427-439b-84ff-9cf197b04d98_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;ai longtemps cru que je n&#8217;avais pas le droit de parler tant que je n&#8217;avais pas &#171; gu&#233;ri &#187;. Que je devais d&#8217;abord prouver que j&#8217;avais grandi, d&#233;pass&#233; mes limites, que je ne m&#8217;enlisais plus dans le doute. J&#8217;appelais &#231;a la l&#233;gitimit&#233;. C&#8217;&#233;tait une illusion. Et &#231;a me rendait souvent tr&#232;s con.</p><h2>Le formatage</h2><p>L&#8217;&#233;ducation, le syst&#232;me, les milieux du bien-&#234;tre et du d&#233;veloppement personnel nous formatent. Les remarques des bien-pensants, les petites phrases assassines qui passent dans le silence de la normalit&#233; : &#171; on est th&#233;rapeutes, on devrait pouvoir&#8230; &#187;, &#171; on a les outils pour &#187;, &#171; pour un th&#233;rapeute, la moindre des choses&#8230; &#187;.</p><p></p><p>On te conditionne &#224; croire qu&#8217;il est simple de changer et de r&#233;gler ses probl&#232;mes, pour le plus grand bonheur du marketing et des comptes en banque. La dictature du non-jugement, de la bienveillance et de l&#8217;amour de soi est partout. Alors ceux qui ne s&#8217;y sentent pas chez eux s&#8217;enferment dans leurs peurs, pour faire comme tout le monde, pour appartenir au groupe.</p><p></p><h2>&#171; Sois plus authentique &#187; : des mots creux</h2><p>Quand je partageais mes doutes et mes limites, souvent on ne me croyait pas : je devais dire &#231;a pour rassurer les autres. On m&#8217;a dit que je manquais d&#8217;authenticit&#233; et de vuln&#233;rabilit&#233;, qu&#8217;il faudrait &#234;tre &#171; plus &#233;motionnel &#187;.</p><p></p><p>Encore la dictature invisible du bien-&#234;tre.</p><p></p><p>Les gens parlent d&#8217;authenticit&#233; et de vuln&#233;rabilit&#233; sans avoir la moindre id&#233;e de ce que &#231;a veut dire. Il ne suffit pas de dire &#224; quelqu&#8217;un &#171; aie confiance &#187; pour que &#231;a arrive, pourquoi ce serait diff&#233;rent pour la vuln&#233;rabilit&#233; ?</p><p></p><p>Mon vuln&#233;rable n&#8217;est pas le tien. Quelqu&#8217;un d&#8217;hyper-&#233;motionnel n&#8217;est pas vuln&#233;rable <em>dans</em> l&#8217;&#233;motion, il l&#8217;est quand il n&#8217;y est plus. On n&#8217;est authentique qu&#8217;&#224; la hauteur de ce qu&#8217;on sait de soi dans l&#8217;instant : mon authentique d&#8217;il y a dix ans fait bien rire celui que je suis aujourd&#8217;hui. &#201;tais-je moins authentique pour autant ? L&#8217;authenticit&#233; est une direction, pas un objectif. Elle devient un leurre d&#232;s qu&#8217;on en fait une case &#224; cocher.</p><p></p><p>&#199;a me rappelle cette formatrice qui me r&#233;p&#233;tait &#171; il faut plus d&#8217;&#233;motions &#187;. Super. Merci. J&#8217;ai pass&#233; ma vie &#224; les ranger sous le tapis, certaines me font peur, d&#8217;autres sont dangereuses. Et il faudrait &#171; plus d&#8217;&#233;motions &#187; ? Et t&#8217;es th&#233;rapeute ? Ta gueule.</p><p></p><h2>Ceux que j&#8217;admire</h2><p>Les gens que j&#8217;admire le plus ne sont pas les plus gu&#233;ris, les plus confiants, les n&#233;ons ambulants de la gu&#233;rison.</p><p></p><p>Ce sont ceux qui sont honn&#234;tes. Ceux qui n&#8217;ont pas peur d&#8217;admettre leur humanit&#233;. Ceux qui savent qu&#8217;ils ne savent pas. Ceux qui vivent sans se pr&#233;cipiter pour r&#233;parer, changer, am&#233;liorer. Ceux qui se laissent tr&#233;bucher, tomber, &#233;chouer, pleurer, aimer, &#234;tre humain &#224; voix haute.</p><p></p><p>Ceux-l&#224; m&#8217;aident &#224; devenir encore plus moi-m&#234;me. Parce que quand on se laisse &#234;tre vrai, &#234;tre inachev&#233;, on se red&#233;couvre.</p><p></p><p>C&#8217;est pour &#231;a que j&#8217;&#233;cris en public. J&#8217;accepte qui je suis en exposant ce que je suis.</p><p></p><p>Pas l&#8217;inverse.</p><p></p><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Être soi et subir le coût incessant de la différence]]></title><description><![CDATA[Depuis tout petit, j'ai l'impression de venir d'une autre plan&#232;te, et rester moi-m&#234;me m'a co&#251;t&#233; cher.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/etre-soi-et-subir-le-cout-incessant</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/etre-soi-et-subir-le-cout-incessant</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 21:08:03 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/07a9ce4f-da3a-4140-88a5-78a4d930f1c4_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Depuis tout petit j&#8217;ai l&#8217;impression de venir d&#8217;une autre plan&#232;te.</p><p>J&#8217;ai toujours eu peu d&#8217;amis, peu de relations solides, je me sens mal en groupe, j&#8217;&#233;touffe dans cette mar&#233;e d&#8217;hypocrisie, de masques et de platitudes.</p><p>En 5e mon prof de maths faisait chaque jour des blagues insultantes aux &#233;l&#232;ves.</p><p>Des blagues qui aujourd&#8217;hui lui vaudraient s&#251;rement un proc&#232;s ou une mar&#233;e de parents d&#8217;enfants rois lui hurlant la fragilit&#233; de leur bout de chou.</p><p>Et puis un jour, depuis le fond de la classe :</p><p>&#8220;Ah. Ah. Ah. &#199;a ne fait rire que vous vos blagues de merde vous savez ?&#8221;</p><p>Moi, si timide et si discret, j&#8217;avais ouvert ma gueule.</p><p>Et comme tous les tar&#233;s qui sont surpris qu&#8217;on r&#233;ponde &#224; leur position d&#8217;autorit&#233; et qu&#8217;on remette en question leur pouvoir, il brandit l&#8217;arme du respect :</p><p>&#8220;Vous ne me parlez pas comme &#231;a ! Vous me devez le respect&#8221; avec son visage qui devenait tout rouge.</p><p>J&#8217;avais 12 ans, mais je lisais d&#233;j&#224; assez bien les gens.</p><p>&#8220;D&#233;chargez la frustration de votre vie rat&#233;e ailleurs que sur nous&#8221;, il ne manquait plus que le connard &#224; la fin de la phrase.</p><p>Convocation avec les parents, prof principal, direction blabla.</p><p>La totale.</p><p>Heureusement, j&#8217;ai h&#233;rit&#233; ce caract&#232;re de ma m&#232;re, et elle ne s&#8217;est pas laiss&#233;e faire.</p><p>Mais j&#8217;ai eu de mauvaises notes en maths tout le reste de l&#8217;ann&#233;e, ma m&#232;re m&#8217;a chang&#233; de coll&#232;ge qui voulait me faire redoubler.</p><p>&#8220;Votre fils ne fera rien de sa vie&#8221; lui avait-on dit.</p><p>Coll&#232;ge priv&#233;, je suis en 4&#232;me.</p><p>Le surveillant tapait les &#233;l&#232;ves &#8220;discr&#232;tement&#8221;, une petite b&#233;quille par ci, un p&#8217;tit coup derri&#232;re la t&#234;te par l&#224;, &#231;a me rendait dingue.</p><p>Personne ne disait rien, c&#8217;&#233;tait &#8220;comme &#231;a&#8221;, c&#8217;&#233;tait &#8220;normal&#8221;.</p><p>Un jour, il s&#8217;en est pris &#224; moi parce que j&#8217;&#233;tais en retard pour le cours de gym alors que 2 classes m&#8217;attendaient.</p><p>Il m&#8217;a fait une b&#233;quille.</p><p>C&#8217;est parti tout seul.</p><p>Je me souviendrai toujours du visage des &#233;l&#232;ves et de la prof de gym.</p><p>Un m&#233;lange de peur et d&#8217;admiration pendant que je le laissais derri&#232;re moi, pli&#233; en deux au sol se tenant l&#8217;entre-jambes.</p><p>Convocation avec les parents, prof principal, direction blabla.</p><p>La totale.</p><p>3 jours de renvoi.</p><p>Il n&#8217;a plus jamais tap&#233; personne.</p><p>Dans les deux cas on pourrait penser que j&#8217;&#233;tais devenu un h&#233;ros, celui qui avait os&#233; lutter contre l&#8217;oppression.</p><p>Et non.</p><p>&#201;l&#232;ves, copains, profs, direction...</p><p>Tous ont essay&#233; de m&#8217;expliquer que ce que j&#8217;avais fait n&#8217;&#233;tait pas normal, que &#231;a n&#8217;&#233;tait pas bien.</p><p>Et tous trouvaient des excuses aux actes du prof de math et des surveillants.</p><p>Fuck it.</p><p><strong>Vive la solitude si c&#8217;est pour vivre entour&#233; de gens qui trouvent &#231;a normal.</strong></p><p>Pourtant, j&#8217;ai mis des ann&#233;es &#224; me rendre compte et &#224; accepter que j&#8217;ai toujours &#233;t&#233; un &#8220;guerrier&#8221;, quelqu&#8217;un qui lutte contre ce qu&#8217;une majorit&#233; trouverait normal.</p><p>J&#8217;ai essay&#233; de m&#8217;adapter, de rentrer dans le moule, de me taire, de faire comme tout le monde.</p><p>&#199;a ne m&#8217;a pas fait du bien, loin de l&#224;.</p><p>Au final, je l&#8217;ai cultiv&#233;, c&#8217;est devenu mon style, ma fa&#231;on de voir le monde.</p><p>C&#8217;est devenu une qu&#234;te : l&#8217;anti-stupidit&#233;.</p><blockquote><p>Chaque fois qu&#8217;une personne dans un syst&#232;me familial commence &#224; apporter des changements, m&#234;me si ces changements sont sains et positifs, il n&#8217;est pas rare que les autres membres de ce syst&#232;me fassent tout ce qu&#8217;ils peuvent pour maintenir le statu quo et ramener les choses &#224; l&#8217;hom&#233;ostasie.</p><p><em>Lori Gottlieb</em></p></blockquote><p>Ramener les choses &#224; la normale est bien plus large que la famille.</p><p>C&#8217;est la soci&#233;t&#233;.</p><p>De quelles fa&#231;ons le monde nous tire vers la normale ?</p><p>Quels efforts sont n&#233;cessaires pour maintenir nos diff&#233;rences ?</p><p>Si l&#8217;&#233;quilibre avec notre environnement - la normalit&#233; - est une tendance naturelle, nous devons nous battre pour maintenir nos diff&#233;rences.</p><p>Constamment, sans rel&#226;che.</p><p>Maintenir son unicit&#233; dans un monde qui tente de nous normaliser a donc un co&#251;t.</p><p>Un exemple parfait : l&#8217;&#233;ducation.</p><p>Des programmes d&#8217;&#233;tudes standardis&#233;s, &#224; taille unique, et des &#233;valuations arbitraires des comp&#233;tences.</p><p>Nous laissons certains enfants derri&#232;re, nous en retenons d&#8217;autres.</p><p>Nous ne parvenons pas &#224; encourager l&#8217;innovation, l&#8217;ing&#233;niosit&#233; et la cr&#233;ativit&#233;. Regardez &#224; ce sujet la conf&#233;rence TED magique de Sir Ken Robinson, une des plus vues au monde.</p><p>Les syst&#232;mes &#233;ducatifs traditionnels sont con&#231;us pour maintenir l&#8217;&#233;quilibre.</p><p>Le monde veut que vous soyez normal.</p><p>Nos syst&#232;mes et institutions sont tous con&#231;us pour qu&#8217;il soit facile d&#8217;&#234;tre normal.</p><p>Maintenir votre unicit&#233; est possible, mais cela demandera des efforts - des efforts douloureux, constants, incessants.</p><p>Votre unicit&#233; est l&#224; depuis que vous &#234;tes enfant.</p><p>Vous la connaissez ?</p><p>Ou comme moi vous l&#8217;avez rang&#233;e pendant des ann&#233;es sous le tapis ?</p><p>Retrouvez cette force.</p><p>Celle de parvenir &#224; la connaissance de soi, &#224; la dignit&#233; et l&#8217;int&#233;grit&#233; personnelle, &#224; la conviction qui nous permet d&#8217;affirmer sans doute, sans peur et sans col&#232;re :</p><p>Voil&#224; qui je suis, voil&#224; ce que je crois, voil&#224; comment j&#8217;ai l&#8217;intention de vivre ma vie.</p><blockquote><p>&#202;tre soi-m&#234;me dans un monde qui essaye constamment de vous en emp&#234;cher est la plus grande des r&#233;ussites.</p><p><em>Ralph Waldo Emerson</em></p></blockquote><p><strong>Ne laissez pas le monde vous rendre normal.</strong></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Travailler sur soi devrait être un dernier recours]]></title><description><![CDATA[Et si le probl&#232;me n'&#233;tait pas ta confiance, ton estime ou tes blessures, mais une comp&#233;tence que tu n'as jamais appris &#224; d&#233;velopper ?]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/travailler-sur-soi-devrait-etre-un</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/travailler-sur-soi-devrait-etre-un</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 21:01:50 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/e3f00ed0-8bdf-4952-b096-e5943bd7f029_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Tu cherches ce qui cloche chez toi. Tes parents, ton &#233;ducation, ton manque de confiance, tes peurs, tes croyances. Et si, la plupart du temps, tu creusais au mauvais endroit ?</p><p></p><h2>Tu cherches &#224; l&#8217;int&#233;rieur</h2><p>La plupart des gens cherchent la solution &#224; leurs probl&#232;mes &#224; l&#8217;int&#233;rieur d&#8217;eux. Les parents, l&#8217;&#233;ducation, l&#8217;estime de soi, le manque de confiance, les peurs, les doutes, les croyances.</p><p></p><p>Et c&#8217;est vrai : on a tous des trucs &#233;motionnels qui nous bloquent. C&#8217;est important de les regarder, d&#8217;apprendre &#224; se conna&#238;tre, d&#8217;accepter ce qu&#8217;on est. Ton pass&#233;, tes apprentissages, tes blessures p&#232;sent sur ton quotidien, personne ne dit le contraire.</p><p></p><p>Mais &#224; force de ne chercher que l&#224;, dans l&#8217;&#233;motionnel, tu t&#8217;engages sur un chemin qui ne demande jamais de progresser. Un chemin sans apprentissage, sans comp&#233;tence &#224; d&#233;velopper, sans le temps lent du progr&#232;s.</p><p></p><p>Et voil&#224; ce que j&#8217;ai vu, encore et encore, dans mes accompagnements : <strong>la plupart des probl&#232;mes sont des probl&#232;mes de comp&#233;tence, bien avant d&#8217;&#234;tre des probl&#232;mes &#233;motionnels.</strong></p><p></p><p>Le manque de confiance en toi ? Un probl&#232;me de comp&#233;tence. Personne ne manque de confiance dans un domaine qu&#8217;il conna&#238;t et ma&#238;trise.</p><p></p><p>Le manque d&#8217;estime ? Un probl&#232;me de comp&#233;tence aussi. Mieux te conna&#238;tre, oser &#234;tre toi, encaisser la critique et la comparaison, comprendre &#224; quoi servent tes peurs, &#231;a s&#8217;apprend. Parfois plus vite qu&#8217;en essayant de d&#233;m&#234;ler tes traumas.</p><p></p><p>Je vois tellement de gens dire &#171; &#231;a, c&#8217;est pas mon truc &#187;, &#171; j&#8217;y arrive pas &#187;, &#171; je sais pas faire &#187;, &#171; j&#8217;ai peur &#187;, &#171; je suis pas s&#251;r &#187;.</p><p></p><p>Je r&#233;ponds toujours la m&#234;me chose : <strong>&#171; Tu as appris &#224; le faire ? &#187;</strong></p><p></p><p>Et &#233;trangement, la r&#233;ponse est presque toujours non.</p><p></p><h2>Change la question</h2><p>Avant de chercher ce qui ne va pas chez toi, cherche ce qui te manque comme comp&#233;tence.</p><p></p><p>Progresser, &#231;a se fait dans cet ordre :</p><p></p><ol><li><p>Quelles comp&#233;tences je dois d&#233;velopper pour atteindre mon objectif ?</p></li><li><p>Comment les d&#233;velopper efficacement ?</p></li><li><p>Si, apr&#232;s avoir pratiqu&#233;, pratiqu&#233; et encore pratiqu&#233;, &#231;a coince toujours, alors, seulement l&#224;, on regarde les blocages &#233;motionnels.</p></li></ol><p>Trop de gens, surtout dans les milieux du bien-&#234;tre, commencent par la fin : l&#8217;&#233;motionnel. Et c&#8217;est un pi&#232;ge. Le travail sur soi &#224; l&#8217;exc&#232;s peut renforcer exactement ce qu&#8217;il pr&#233;tend soigner : le sentiment de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur, et l&#8217;impuissance apprise.</p><p></p><p>Parce qu&#8217;un objectif ne s&#8217;atteint que si les comp&#233;tences pour y arriver ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es. Le hic, c&#8217;est que peu de gens savent ce que &#171; d&#233;velopper une comp&#233;tence &#187; veut dire. On confond information, savoir et comp&#233;tence. Et aucune comp&#233;tence ne vient sans pratique.</p><p></p><h2>Mange l&#8217;&#233;l&#233;phant</h2><p>La comp&#233;tence que je transmets avant toutes les autres, la fondation de toutes les autres : <strong>r&#233;duire les variables.</strong></p><p></p><p>Sa petite s&#339;ur tient dans une blague : &#171; Comment on mange un &#233;l&#233;phant ? Une bouch&#233;e &#224; la fois. &#187;</p><p></p><p>Un exemple r&#233;cent. Quelqu&#8217;un me dit : &#171; Je veux me mettre &#224; l&#8217;&#233;criture et oser publier en public. &#187; Avant de r&#233;soudre quoi que ce soit, je cherche ce qui manque. Et l&#224;, il manque l&#8217;essentiel : <strong>le pourquoi.</strong></p><p></p><p>Parce que &#171; &#233;crire &#187;, c&#8217;est gigantesque. &#201;crire pour ton activit&#233;, un roman, un sc&#233;nario, des notes, un livre, un simple post&#8230; des centaines de comp&#233;tences se cachent derri&#232;re le mot. Tel quel, &#231;a fait peur, et la peur bloque.</p><p></p><p>Alors on r&#233;duit. Derri&#232;re &#171; je veux &#233;crire et oser publier pour me faire conna&#238;tre &#187;, il y a en r&#233;alit&#233; cinq comp&#233;tences distinctes : &#233;crire, oser publier, Internet, d&#233;velopper son activit&#233;, se faire conna&#238;tre. Vouloir les cinq d&#8217;un coup, c&#8217;est activer le sentiment d&#8217;incomp&#233;tence, et c&#8217;est &#231;a qui bloque.</p><p></p><p>La bonne nouvelle : elles sont reli&#233;es. D&#233;veloppe l&#8217;une, tu am&#233;liores les autres. Tu &#233;cris mieux &#8594; tu exprimes mieux tes id&#233;es &#8594; tu donnes plus envie &#8594; ton activit&#233; avance. &#199;a marche dans tous les sens.</p><p></p><p>D&#233;velopper une comp&#233;tence, concr&#232;tement, c&#8217;est une boucle :</p><p></p><ol><li><p><strong>Identifier</strong> la comp&#233;tence.</p></li><li><p><strong>Focaliser</strong> : pas toute la comp&#233;tence d&#8217;un coup, une sous-comp&#233;tence, un premier pas.</p></li><li><p><strong>Apprendre</strong> : t&#8217;entourer de gens qui savent d&#233;j&#224; (livres, cours, mentors).</p></li><li><p><strong>Pratiquer</strong> : r&#233;guli&#232;rement, m&#234;me quand c&#8217;est moche. &#192; ce stade, tu ne publies pas encore.</p></li><li><p><strong>Tester</strong> : demander des retours honn&#234;tes. La position de l&#8217;apprenant, pas du sachant.</p></li><li><p><strong>Pers&#233;v&#233;rer</strong> : recommencer la boucle, malgr&#233; les doutes qui font partie du jeu.</p></li></ol><p>Un truc simple pour rep&#233;rer tes comp&#233;tences : <strong>chaque mot de ta phrase est une comp&#233;tence.</strong> &#171; Oser partager en public &#187; &#8594; oser, partager, public. Trois comp&#233;tences, trois questions. C&#8217;est l&#224;, &#233;ventuellement, que tu retrouveras de l&#8217;&#233;motionnel &#224; travailler (dans &#171; oser &#187;), mais souvent, en d&#233;veloppant l&#8217;&#233;criture dans un cadre s&#233;curis&#233;, le &#171; oser &#187; vient tout seul.</p><p></p><h2>La vraie question</h2><p>Tout mon message tient en une phrase : <strong>change les questions que tu te poses au d&#233;part.</strong> C&#8217;est de l&#224; que naissent les probl&#232;mes. Et les solutions.</p><p></p><p>Celle-ci te tue : &#171; Qu&#8217;est-ce qui ne va pas chez moi ? &#187;</p><p></p><p>Celle-l&#224; te met en mouvement : <strong>&#171; Quelles comp&#233;tences je dois d&#233;velopper pour y arriver ? &#187;</strong></p><p></p><p>Je te laisse avec une phrase qu&#8217;une amie m&#8217;a partag&#233;e, et qui a toute sa place ici :</p><p></p><blockquote><p>Les choses difficiles ne deviennent jamais plus faciles. On devient juste meilleur.</p></blockquote><p><em>Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux, je d&#233;code ces m&#233;canismes, sans m&#233;thode toute faite ni bien-&#234;tre en toc.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'indispensable]]></title><description><![CDATA[Tu t'es rendu irrempla&#231;able au boulot. Bravo. Tu viens de te souder une cage, et les barreaux sont en &#171; tout va bien &#187;.]]></description><link>https://lettres.laurentbertin.com/p/lindispensable</link><guid isPermaLink="false">https://lettres.laurentbertin.com/p/lindispensable</guid><dc:creator><![CDATA[Laurent Bertin]]></dc:creator><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 20:23:13 GMT</pubDate><enclosure url="https://substack-post-media.s3.amazonaws.com/public/images/2aae6fd6-07a5-4607-b053-6c84dd1d3949_3000x2000.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Sur le papier, tout roule. Le boulot tourne, on te fait confiance, on t&#8217;appelle quand &#231;a coince parce que toi, tu sais faire. Tu es l&#8217;indispensable. Celui sans qui la bo&#238;te, l&#8217;&#233;quipe, le projet s&#8217;&#233;croulerait. C&#8217;est flatteur.</p><p></p><p>Et pourtant, un soir, ce vide. Ce &#171; je fais quoi, l&#224;, exactement ? &#187; qui monte sans pr&#233;venir. Rien ne casse. Mais quelque chose se vide. Tu as chang&#233;, et ton m&#233;tier, lui, est rest&#233; sagement &#224; sa place.</p><p></p><h2>Tu n&#8217;as pas construit une carri&#232;re, tu as construit une cage</h2><p>Se rendre indispensable, on pr&#233;sente &#231;a comme une r&#233;ussite. Regarde de plus pr&#232;s. Indispensable veut dire : qui ne peut pas partir. Tu as pass&#233; dix ans &#224; devenir le seul &#224; pouvoir faire ce truc, et maintenant tu es le seul condamn&#233; &#224; le faire.</p><p></p><p>Tu es un castor. Le castor ne construit pas parce qu&#8217;il a d&#233;cid&#233; de construire. Il entend l&#8217;eau couler et il empile des branches, compulsif, incapable de s&#8217;arr&#234;ter. Toi c&#8217;est pareil : tu prends le dossier de trop, tu r&#233;ponds le dimanche, tu reprends le boulot des autres &#171; parce que &#231;a ira plus vite &#187;. Tu appelles &#231;a du s&#233;rieux. C&#8217;est de la d&#233;pendance.</p><p></p><p>Et la cage, tu l&#8217;as soud&#233;e toi-m&#234;me. Personne ne t&#8217;a forc&#233;. C&#8217;est &#231;a qui rend l&#8217;entre-deux du travail si vicieux : il n&#8217;y a pas de m&#233;chant. Juste un boulot qui va bien et un toi qui n&#8217;y tient plus.</p><p></p><h2>Le jour o&#249; ton job a bouff&#233; ton nom</h2><p>Fais le test. On te demande qui tu es. Tu r&#233;ponds quoi ? Ton m&#233;tier. &#171; Je suis untel, je fais ci. &#187; Tu as r&#233;pondu &#224; &#171; qu&#8217;est-ce que tu fais &#187;, pas &#224; &#171; qui tu es &#187;. Tu ne l&#8217;as m&#234;me pas remarqu&#233;.</p><p></p><p>C&#8217;est l&#224; que la d&#233;pendance se planque. Pas dans les heures. Dans le fait que ton identit&#233; enti&#232;re est coll&#233;e &#224; ta fonction. Alors partir devient impensable, parce que sans le titre, sans le r&#244;le, sans les gens qui t&#8217;appellent au secours, tu ne sais plus qui reste. Le vide te fait plus peur que l&#8217;ennui.</p><p></p><p>R&#233;sultat : ni rester ni partir. Rester te vide. Partir te terrifie. Tu tournes en rond dans ta cage dor&#233;e en te disant que tu n&#8217;as pas &#224; te plaindre, que d&#8217;autres r&#234;veraient de ta place. Vrai. Et &#231;a ne change rien &#224; ton vide.</p><p></p><h2>Rends-toi rempla&#231;able. Expr&#232;s.</h2><p>Voil&#224; le pas, et il pique, parce qu&#8217;il va contre tout ce que tu fais depuis des ann&#233;es.</p><p></p><p>Cette semaine, choisis une seule t&#226;che dont tu es &#171; le seul &#224; pouvoir la faire &#187;. Et donne-la. D&#233;l&#232;gue-la, forme quelqu&#8217;un, laisse-la &#234;tre faite moins bien que si tu l&#8217;avais faite. Objectif : te prouver, une fois, que le monde tient debout sans toi. Que la maison ne br&#251;le pas. Tu vas d&#233;tester. Fais-le quand m&#234;me.</p><p></p><p>Parce que le vrai renversement est l&#224;. Tant que tu es indispensable, ton job est au service de ton job. Le jour o&#249; tu deviens rempla&#231;able, ton job peut enfin passer au service de ta vie. Pas l&#8217;inverse.</p><p></p><p>Et pendant que tu y es, r&#233;ponds &#224; la question pour de vrai. Qui tu es, quand tu enl&#232;ves ce que tu fais ? Si tu s&#232;ches, ce n&#8217;est pas grave. C&#8217;est m&#234;me le d&#233;but du truc. L&#8217;ancien toi tenait dans une fonction. Le nouveau ne tient pas encore. Bienvenue dans l&#8217;entre-deux du boulot : celui qu&#8217;on n&#8217;ose pas nommer parce que, de l&#8217;ext&#233;rieur, tout va bien.</p><p></p><p><em>L&#8217;entre-deux pro, ce n&#8217;est pas le burn-out. C&#8217;est le boulot qui va bien pendant que toi, tu as chang&#233;. Si ce regard te parle, abonne-toi &#224; L&#8217;Entre-Deux.</em></p>]]></content:encoded></item></channel></rss>